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Alexandre Dumas a-t-il assisté à la Maiden Cup ?

Alexandre Dumas aurait-il assisté au plus grand classique du turf mauricien, la Maiden Cup, qu’il appelle la “grande course” la décrivant dans ses moindres détails ? Le grand classique du Mauritius Turf Club est décrit dans ses moindres détails dans un roman méconnu de l’auteur publié en 1843.

Dans son roman Georges qui se passe presqu’entièrement à Maurice, le grand romancier français Alexandre Dumas donne des descriptions saisissantes de l’ile des premières décennies du 19e siècle. Il effectue une reproduction fidèle du déroulement du yamsé (ou goon) dans les rues de Port-Louis, décrit les quartiers populaires de la capitale ou encore les paysages de la Rivière Noire de façon saisissante et dans leurs moindres détails… Mais c’est surtout la description dantesque de la Maiden Cup et de ses préliminaires qui est tout bonnement spectaculaire et aussi vraie que nature. Pourtant il n’est jamais venu à Maurice!

L’auteur des Trois Mousquetaires et du Comte de Monte Cristo, avait des origines créoles. Fils d’un Haïtien et d’une Française, Dumas n’a cependant jamais mis les pieds dans les îles, encore moins à l’île de France. Pourtant dans son roman Georges qui se passe presqu’entièrement à Maurice durant les premières décennies du 19e siècle, il se livre à une description dantesque de la course et de ses préliminaires…

Au chapitre 17 du roman, intitulé Les courses, l’auteur commence par évoquer les fêtes du Yamsé qui ont lieu un samedi à Port-Louis. Il explique que cette fête réunissant, dans les rues de Port-Louis, “les lascars de mer et les lascars de terre, précédés d’une musique barbare consistant en tambourins, flûtes et guimbardes”, n’est cependant qu’un “prologue” à la grande journée du lendemain, dimanche, dédiée aux courses de chevaux.

Nous sommes en l’an de grâce 1824 et Port-Louis a été frappé, six jours plus tôt, par un cyclone que Dumas appelle par ailleurs “ouragan”. La journée de courses se déroule donc dans un contexte post cyclonique et festif.

Si un grand nombre de spectateurs était déjà massé dès le lever du jour dans toute la partie non réservée du Champ de Mars, les notables, eux, ne commencèrent à arriver qu’à partir de 10h. “Comme à Londres, comme à Paris, comme partout où il y a des courses, des tribunes avaient été réservées pour la société. Mais soit par caprice soit pour ne pas être confondues les unes avec les autres, les plus belles femmes de Port-Louis décidèrent d’assister aux courses dans leurs calèches (…) toutes vinrent se ranger en face du but laissant les autres tribunes à la bourgeoisie ou au négoce secondaire (…)”

Dumas cite même des jeunes filles issues de familles connues, comme “mademoiselle Cypris de Gersigny, alors l’une des plus belles jeunes filles, aujourd’hui encore l’une des plus belles femmes de l’île de France et dont la magnifique chevelure noire est devenue proverbiale, même dans les salons parisiens”. Ou encore les six demoiselles Druhn (déformation du nom de famille Drouhin?), “si blondes, si blanches, si fraîches, si grâcieuses”…

Quant aux jeunes gens, l’auteur explique qu’ils étaient pour la plupart à cheval et s’apprêtaient à suivre les coureurs dans la partie intérieure du tracé de la course, pendant que les amateurs se tenaient sur le turf, occupés à parier “avec le laisser-aller et la prodigalité créoles”.

Dumas indique aussi que d’autres courses “grotesques” avaient lieu en guise de préliminaires: une course au cochon au cours de laquelle le public essayait d’attraper un cochon dont on avait graissé la queue avec du saindoux; une course aux sacs réunissant cinquante coureurs dont le premier prix était un parapluie qui “aux colonies et surtout à l’île de France a toujours été l’objet de l’ambition des nègres”; et une course sur deux tours de piste disputée par une trentaine de poneys, “montés par des jockeys indiens, madécasses ou malais et qui récréent le plus la population noire de l’île”.

La principale attraction demeurait cependant la course principale, réservée aux gentlemen riders. Et c’est là que la fiction prend le pas sur la réalité, dans le roman de Dumas. Dans la grande course, les participants sont au nombre de quatre et l’un des cavaliers n’est autre que Georges Munier, le mulâtre, qui n’avait qu’une seule idée en tête, celle de se venger des insultes qui lui avaient été faites par Henri de Malmédie, propriétaire et cavalier de l’un des quatre coursiers alignés au départ. Les autres coursiers appartenaient à un certain M. Rondeau de Courcy et au colonel Draper (le fameux Draper). Et, après deux tours de piste, rythmés par une chute, quelques acrobaties et les applaudissements nourris de vingt-cinq mille spectateurs faisant flotter leurs mouchoirs, c’est bien évidemment Georges le mûlatre, monté sur un pur-sang arabe, qui gagna la course… sans empocher le trophée, une coupe en vermeil et avant de disparaître, à la stupéfaction générale, dans les bois entourant le tombeau Malartic !

C’est ainsi qu’Alexandre Dumas conclut sa tournée, après avoir entraîné le lecteur dans une virevoltante description d’une journée de courses au Champ de Mars… sans y avoir jamais assisté. Comme chacun le sait, il a souvent fait intervenir des contributeurs dans l’écriture de ses nombreux romans. Mais qui est donc celui auquel il fit appel pour écrire Georges et plus particulièrement ce passage très bien documenté sur les courses ?…

Il s’avère que Dumas avait un confrère, Félicien Mallefille, né à l’île de France le 3 mai 1813 et installé en France. Romancier et auteur dramatique, ce dernier a d’ailleurs officiellement co-signé avec le grand romancier des nouvelles en huit volumes, publiées entre 1839 et 1853 et s’intitulant Crimes célèbres. Georges est quant à lui publié en 1843, pendant la période où les deux hommes ont travaillé ensemble.

Mallefille est arrivé en France en 1837. Il est présenté à la célèbre romancière George Sand par son amie Marie d’Agoult. Quelques temps plus tard il s’installe au domaine de Nohant et devient le précepteur de Maurice, le fils de la romancière. Il devient aussi l’amant de Geoge Sand, avant d’être évincé par une autre des nombreuses conquêtes de la romancière… Il est resté cependant toujours proche de Maurice et de sa mère. “C’est le seul homme qui, étant avec moi depuis près d’un an, ne m’ait pas une seule fois, une seule minute, fait souffrir par sa faute”, dit de lui George Sand.

Felicien Mallefille n’a pas laissé une oeuvre impérissable. Il est l’auteur d’une douzaine de pièces de théâtre ainsi que de romans et nouvelles. L’écrivain Théophile Gautier qui l’a bien connu, disait de lui que « quel que soit le talent qu’il ait montré, l’impression qui reste de Félicien Mallefille, c’est qu’il était plus grand que son œuvre. » Il est mort à Bougival, en France le 24 novembre 1868. Une rue de Port-Louis porte son nom. Elle se trouve à l’arrière du Mauritius Institute et longe le jardin de la Compagnie …

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