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Avril 1938 : disparition mystérieuse du vapeur l’Agnar

Le sud-ouest de l’Océan Indien est réputé pour les conditions difficiles qui y prévalent. Vents forts, mer houleuse, cyclones … Et il est aussi parsemé d’écueils représentant un danger pour la navigation. Nombreux sont les navires qui s’y sont abîmés ou qui y ont fait naufrage. Dans le cas de l’un d’eux, l’Agnar on n’a jamais su ce qui était arrivé, entre fin mars et début avril 1938 …

Le petit vapeur l’Agnar était un transporteur de bétail qui faisait la liaison entre Madagascar et Maurice. Il avait été acheté quelques mois plus tôt par la compagnie Eagle Shipping  du capitaine E.L.Loyseau. En avril 1938, il disparait corps et biens sans laisser de trace, avec à son bord vingt neuf  membres d’équipage et trois passagers.

Dans son édition du samedi 19 mars 1938, le quotidien le Cernéen fait état du départ du navire de Vohémar, à Madagascar le jeudi précédent. A cette époque les journaux rendent fidèlement compte des mouvements maritimes. Le navire est commandé par le capitaine Loiseau alors que le second est le capitaine R. Béranger. Construit en 1884 en Norvege, il faisait 427 tonnes et mesurait 46 m. Il servit aussi de navire postal et avait été utilisé comme transport de troupes par le gouvernement colonial anglais durant la guerre des Boers de 1899 à 1902 puis par le gouvernement  allemand durant la guerre des Herero de 1904 à 1907, dans le territoire  du Sud Ouest africain (actuelle Namibie). Mais il fut surtout utilisé pour le cabotage le long des côtes sud africaines ainsi que pour le commerce de bois, jusqu’à son rachat par Eagle Shipping.

Selon un cable, l’Agnar  avait quitté Vohémar, avec des bœufs à 17 heures, en route pour Maurice. Il avait embarqué aussi une cargaison de charbon à bord soit 157 tonnes qu’il avait prise à Durban. A un moment de la traversée, il avait communiqué avec la station de Rose Belle, demandant des nouvelles du temps. Et depuis on est resté sans nouvelles du petit vapeur.

Les autorités sont sous l’impression que son appareil radio ne fonctionne plus et qu’il a du fuir un cyclone présent dans la zone. On entretient ainsi certaines craintes au sujet de son retard même si, selon un témoignage, en 1932 l’Agnar avait, dans des circonstances analogues, pris onze jours pour accomplir  la traversée Madacascar-Maurice.

Le dernier message de l’Agnar indique qu’il se trouvait à 225 miles de Vohémar soit 400 miles environ de Maurice. Que s’est il passé depuis ? A Port-Louis on s’interroge avec  la plus vive anxiété. Le capitaine du Port a ordonné au poste de Belle Rose d’envoyer des messages à tous les bateaux qui se trouvent dans le voisinage, leur demandant d’effectuer quelques recherches dans le dessin de retrouver l’Agnar. Les directeurs de la compagnie The Raphaël Fishing Ltd qui administre St Brandon ont pris des dispositions pour envoyer le Speedwell  participer aux recherches dans les parages de St Brandon. Dans son édition du mardi  22 mars 1938 le Cernéen entretient l’espoir : « En disant hier qu’il n’y avait pas lieu de déséspérer jusqu’à aujourdhui au sujet de l’Agnar, nous ne voulions pas dire qu’il faille renouveler dès ce jour à tout espoir de retrouver le petit vapeur, mais simplement de le voir rentrer au port par ses propres moyens, sans l’assistance d’un autre bateau », peut-on y lire.

A ce stade, il n’y a pas encore de raison de croire que l’Agnar  a sombré. Selon les milieux autorisés, il est possible qu’il ait subi un accident de machine, d’hélice ou de gouvernail, qu’il flotte désemparé quelque part dans les parages des Mascareignes.

Le gouvernement de Madagascar a fait savoir aux agents du navire que tous les ports de la Grande Ile ont été alertés et font effectuer des recherches.  Mais les familles des membres d’équipage et des passagers n’entretiennent guère d’espoir.

Le 11 avril 1938, il faut se rendre à l’évidence : on ne retrouvra pas l’équipage et les passagers sains et saufs… si on les retrouve. Le Cernéen titre alors : Aucune trace de l’Agnar. Malgré les recherches du Speedwell  et du vapeur Jehangir, qui a dévié de sa route pour participer aux recherches, le petit vapeur reste introuvable. La disparition de l’Agnar  est alors officialisée peu après. Sa disparition reste un mystère aujourd’hui encore.

Voici la composition de l’équipage : Capitaine : E.L.Loyseau ; second : R.Béranger ; chef mécanicien : J.F.Melotte ; télegraphiste : E.Latapie ; maître d’équipage : J.Bastien ; aides mécaniciens : Jamson, Krinks et Beetun ; matelots : Payet, R.et P Thompson, Azor, Renault ; charpentier : H.Louis ;  chauffeurs :  Aboo Saïd, Hassenmeeah et Dassodeen ; mousses : P. et H. de Lapelin Dumont,  P.Duvergé et Ah-Kong ; cuisinier : P.Duvergé ; aide-cuisinier : N.Duvergé ; graisseurs : Anodin et Favory ; garçon de cabine : Guindo ; bouviers : Veerasamy et Lutchmun. Les trois passagers étaient Roger Bouic, Cédric Smith et A. Rodolphe.

Sources : Histoire Maritime de l’Ile, par Jean Marie Chelin

 

 

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