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Bel Ombre, lieu de repos des voyageurs

Village côtier du sud, entre montagnes verdoyantes et lagon turquoise, Bel Ombre abrite une petite localité, des champs de cannes à sucre, des hôtels, des villas de luxe, une réserve naturelle et un parcours de golf. Il a toujours intrigué les visiteurs par l’orthographe de son nom féminin affublé d’un adjectif masculin. Certains ont affirmé que ce nom proviendrait de celui d’un poisson, l’ombre. Or, ce salmonidé que l’on trouve plutôt dans les eaux fraîches des rivières d’Amérique du nord n’existe pas à Maurice…

La première mention du lieu fut faite par l’écrivain Bernardin de St Pierre concernant une habitation où il fit halte durant son tour de l’île en 1769 et qu’il orthographie « Belle Ombre ». Quelques années plus tard, en 1782, le botaniste Nicolas Céré mentionne lui aussi l’établissement de Belle Ombre où il fut reçu. Le domaine a ainsi souvent accueilli les voyageurs qui faisaient le tour de l’île et qui appréciaient particulièrement la quiétude et la fraîcheur des lieux.

Tout porterait donc à croire que le nom du lieu a perdu son genre féminin par un malencontreux jeu d’écriture, ce qui n’était pas exceptionnel dans une île qui est passée d’une colonisation française à une administration britannique.

Quoiqu’il en soit, Bel Ombre a une riche histoire qui débute en 1765, l’année de la création du domaine à l’origine duquel on trouve un certain M. Etienne. Au 18e et surtout au 19e siècles, l’activité de Bel Ombre est centrée autour de l’agriculture, principalement la culture de cannes pour la production de sucre. Mais il reste un refuge pour les voyageurs et le lieu de prédilection de quelques illustres personnages.

C’est dans la région de Bel Ombre qu’en 1803 l’explorateur britannique Matthew Flinders, cartographe de l’Australie, touche terre pour échapper au naufrage. En 1816, le naturaliste irlandais Charles Telfair qui est également le secrétaire du gouverneur Robert Farquhar, fait l’acquisition du domaine. Telfair va développer la région avec ses innovations sociales, botaniques et ingénieuses jusqu’en 1833. Renommée pour son sens de l’accueil, la maison de Telfair était « le rendez-vous de tout le quartier, l’hospitalité y était généreuse, libre et franche ».

Mais le domaine est aussi excentré et sa production sucrière est plus facilement acheminée au port par voie maritime grâce aux nombreux côtiers qui font le va-et-vient en période de coupe. A la fin du 19e siècle, Bel Ombre va accueillir une superbe demeure coloniale érigée par un riche propriétaire indien, Hajee Jackaria Hajee Ahmed.

A partir de 1910, la Compagnie Sucrière de Bel Ombre voit le jour et, au fil des années, elle va faire l’acquisition des propriétés sucrières voisines, notamment celles de St Martin, Beau Champ, Frederica. La compagnie sucrière rachète aussi les domaines de Chamarel et de Case Noyale, situés de l’autre côté de la chaîne de Rivière-Noire, sur la côte sud-ouest. Ce qui fait qu’en 1951, le domaine foncier de Bel Ombre s’étend sur 15 200 arpents de terres agricoles (dont 5 000 sont sous cannes) et 3 200 arpents de forêts dédiées en partie à la chasse et à l’élevage de cerfs.

En 1971, Bel Ombre passe sous le contrôle du groupe Rogers, conglomérat qui joue un rôle majeur dans l’aviation, le tourisme et le transport maritime. Son Pdg, Amédée Maingard, entrevoyait déjà le potentiel touristique de la région.

Au moment de la réforme de l’industrie sucrière, Bel Ombre ferme son usine en 1999 et ses cannes sont transportées vers d’autres usines voisines. A partir de 2004, le domaine accueille 5 établissements hôteliers, des villas et un parcours de golf international. Avec sa grande demeure coloniale, baptisée Château de Bel Ombre, et sa réserve naturelle à Frederica, Bel Ombre est devenu un pôle touristique de premier plan qui n’a rien perdu de ses atouts naturels.

Sources : Bel Ombre, entre mer et montagnes, de Jean-Pierre Lenoir

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