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Histoire(s) du marronnage : les amazones de la lutte anti-esclavage

Durant toute la période de l’esclavage à Maurice, soit entre 1641 et 1835, les esclaves en fuite, les Marrons, s’organisaient en petits groupes qui se réfugiaient dans les endroits les plus reculés de l’île. Dès les débuts du marronnage, les femmes ont été des éléments essentiels de ces communautés.

Les premières Marronnes, on l’a vu, firent partie de la toute première bande qui échappa à l’emprise des oppresseurs Hollandais en 1642. Elles s’appelaient Anna du Bengale et Espérance, et aidèrent leurs congénères à détruire le fort Frederik Hendrik.

Entre les années 1810 et 1830, des centaines de femmes et de jeunes filles furent capturées pour marronnage ou grand marronnage (celles qui avaient fui pendant plus de trente jours). Durant cette période il y eut entre 10 % et 20% des Marrons qui étaient des femmes. Elles furent emprisonnées au bagne de Port-Louis. En quelques rares occasions elles furent prises avec leurs enfants.

Les Marrons vivaient dans les forêts, dans des cavernes, au sommet des montagnes ou à proximité des rivières. Si le site le plus emblématique demeure l’inexpugnable montagne du Morne d’autres endroits moins connus ont probablement été plus fréquentés par les esclaves en fuite. Les témoignages de l’époque citent par exemple la cascade de Chamarel, Piton du Milieu, la montagne du Pouce ou encore toute la région sud-est de l’île, notamment celle qui se trouve en amont de la Grande Rivière Sud-est, le plus long cours d’eau de Maurice.

On raconte qu’un esclave en fuite du nom de Diamamouve s’était réfugié dans cette région. Un jour, poursuivi par les chasseurs de Marrons, il s’était retrouvé acculé au bord d’une impressionnante cascade de 20 mètres de haut. Plutôt que de se rendre il préféra se jeter dans les eaux tumultueuses. On ne retrouva jamais son corps. La cascade, elle, fut des années plus tard, asséchée par des travaux entrepris par le Central Electricity Board au 20e siècle, pour alimenter une centrale électrique…

D’après J.G. Milbert, les Marrons avaient développé des méthodes pour communiquer, se repérer et brouiller les pistes. Ainsi, pour se protéger du froid humide des plateaux, ils se recouvraient le corps de lianes et de fougères qui les enveloppaient comme un scaphandre. Leurs camps étaient constitués de petites cahutes. Ils se nourrissaient de petits animaux, de fruits, de tubercules ou de brèdes.

Leur existence était aussi empreinte de mystère et des rumeurs laissant libre cours à l’imagination. On les accusaient d’être des ogres commettant régulièrement des infanticides On disait qu’ils tuaient les nouveaux-nés pour éviter que leurs cris ne les fassent repérer… Comment les femmes fuyant l’esclavage percevaient-elles leur rôle de mère ? Selon Mahé de La Bourdonnais, il y avait plus de femmes que d’hommes s’adonnant au marronnage.

Du temps de La Bourdonnais, une femme surnommée Madame Françoise, prit la tête d’une bande de Marrons dont le repaire se trouvait quelque part dans la forêt de Vuillemin, à Quartier-Militaire. Cette forêt profonde et remplie de méandres était truffée de marécages. Elle leur servait de base arrière pour leurs attaques sur les plantations où elle fit régner la terreur. Vraisemblablement d’origine malgache, Madame Françoise, perpétuait ainsi la tradition des amazones guerrières de la Grande île.

C’est elle qui a donné son nom au cours d’eau appelé Rivière Françoise qui prend sa source au pied de la colline Alma, à Moka avant de poursuivre vers Quartier-Militaire, en traversant la forêt Vuillemin pour se jeter dans la GRSE. Mais les versions divergent quant à sa capture. Selon une version elle aurait été capturée au moment où elle allait se jeter d’une falaise dans la GRSE. On lui trancha les jarrets et elle fut exécutée le lendemain. D’autres versions indiquent qu’elle se serait jetée du haut de la cascade, confondant ainsi son destin avec la légende de Diamamouve !…

Sources : Le marronnage à l’Isle de France – Ile Maurice, d’Amédée Nagapen – Sources : Satteeanund Peerthum et Satyendra Peerthum

 

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