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Jacques Désiré Laval, le médecin charitable devenu apôtre des Noirs

175 ans après son arrivée à Maurice, Jacques Désiré Laval, l’apôtre des Noirs, continue toujours de susciter émotion et devotion chez les Mauriciens.

Vient de paraître, “Cœur à cœur avec le Père Laval”, un récit de la vie du Père Laval à Maurice telle qu’il la raconte lui-même à travers son courrier, entre l’année de son arrivée en 1841 et celle de sa mort en 1864. Signé Bernard Hym, prêtre et directeur du pélerinage du Père Laval, cet ouvrage est riche de nombreux détails intimes de la vie et surtout des difficultés rencontrées par le prêtre dans une Maurice post esclavage, frappée par les épidémies. Ce livre est aussi l’occasion de revenir sur quelques faits marquants de la vie du Bienheureux Père Laval.

Si dans son livre, Bernard Hym évoque brièvement la vie de Jacques-Désiré Laval avant la prêtrise, il est néanmoins bon de revenir sur certains éléments méconnus de beaucoup de Mauriciens, notamment le fait qu’avant d’être prêtre Jacques-Désiré Laval était médecin de campagne…

Né dans l’Eure, avec un père dur mais une mère douce et très charitable, il fit des études de médecine à Paris. Revenu en Normandie après la révolution de 1830, il exerça de septembre 1830 à avril 1834, faisant souvent preuve d’une grande charité.

Selon certaines sources, Jacques Désiré Laval “se plaisait alors dans le confort et le luxe”. Il aimait se faire remarquer par l’élégance de ses habits, vivait dans le luxe et organisait des réceptions. Mais la rivalité d’un autre confrère, une déception amoureuse avec une cousine, une grave chute de cheval qui aurait pu être mortelle et surtout une campagne de calomnies organisées contre lui, finirent par le déstabiliser et furent probablement la cause de son changement de vocation.

Au grand étonnement de ceux qui le connaissaient, il fit son entrée, à plus de 30 ans, au séminaire en juin 1835. C’est à cette date que démarre la compilation de Bernard Hym, notamment par des lettres à son oncle abbé, à son frère et à sa soeur. Installé à Maurice depuis 25 ans, le directeur du pélerinage a ainsi rassemblé toute la correspondance du Père Laval. Il s’est rendu aux archives des Spiritains en France où il a découvert des documents très précis et détaillés sur les premières années passées au séminaire de St Sulpice en 1835.

Jacques Désiré Laval fut ordonné prêtre en 1838 à Paris puis devint curé d’une petite paroisse, Pinterville, où il mena une vie austère, proche des pauvres. Aussi, c’est par la force des choses qu’il accepta une mission pour l’apostolat des Noirs récemment affranchis de l’esclavage. Il s’embarqua pour Maurice début juin 1841 où il arriva fin septembre.

D’emblée, comme il l’écrit lui-même dans ses premières correspondances, il découvre une “pauvre colonie” où règnent “un désordre et une corruption incroyables”. “C’est un mélange de chrétiens qui n’en ont que le nom et d’idolâtres de toutes nations. Il y a ici des habitants de tous pays qui y sont attires par le désir d’y venir gagner de l’argent”, écrit-il à dans une lettre adressée au séminaire de St Sulpice, au début de 1842.

Quant aux Noirs, au nombre de 80 000 environ à cette époque, il précise d’eux que “plus de la moitié ne sont pas baptisés, (…) ne sont pas mariés, se quittent et se prennent plusieurs fois, (…) et s’adonnent beaucoup à l’impureté, l’ivrognerie et tous les plaisirs de la chair”. Le Père Laval ne faisait pas de cadeau à ceux de son époque, notamment lorsqu’il parlait du clergé constitué de prêtres “venus là pour s’amuser et pour gagner de l’argent” et des Blancs, “le plus grand obstacle à la conversion des Noirs”.

Pendant toute la durée de sa prêtrise à Maurice, le Père Laval a donc adressé un grand nombre de lettres à sa famille, à ses confrères, à ses supérieurs… Il écrivait à son directeur à Paris pour lui raconter ce qui se passait à Maurice et racontait en détail tous les aspects de sa mission. Toutes ces lettres révèlent les moindres détails du sacerdoce du Père Laval.

La plupart des lettres parlent très spécifiquement de l’avancement de son oeuvre d’évangélisation, des difficultés rencontrées dans son sacerdoce, du découragement devant l’étendue du travail à accomplir mais aussi des changements positifs.

Ainsi, après 15 ans d’efforts acharnés et de dévouement inconditionnel, il y a des chapelles et des églises qui poussent un peu partout. Le travail de Jacques Désiré Laval porte ses fruits forçant, l’admiration. En 1856, Maurice compte 80 000 catholiques contre quelques familles pratiquantes à peine dans certaines paroisses au moment de son arrivée.

Mais 1856, c’est aussi l’année où le Père Laval est victime de sa première crise d’apoplexie et sa santé ne va cesser de decliner. Malade, épuisé il va implorer l’aide de ses supérieurs pour obtenir plus de missionaires. Dans plusieurs correspondances, il se plaint aussi de la déliquescence qui frappe une partie du clergé, portée sur les plaisirs de la vie. Il finit aussi par implorer ses supérieurs de le relever de ses fonctions à cause de sa santé chancelante.

Les dernières lettres du Père Laval publiées dans l’ouvrage de Bernard Hym sont surtout destinées à une série de donateurs, des notables Port-Louis, Vallée des Prêtres, Grande-Rivière, qui contribuent généreusement à l’édification de l’église de Ste Croix.

Sa derniere lettre, datée du 5 septembre 1864, il l’ecrit à sa soeur, Gertrude Cadot, qui vient de perdre sa fille. Il s’éteindra quelques jours plus tard, le 9 septembre…

“Cœur à cœur avec le Père Laval” comprend également, dans les dernières pages, le “petit catéchisme” du Père Laval, un document rare. Le livre est disponible au Centre Père Laval, Ste Croix cplaval@intnet.mu à Rs 300.

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