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Les agents secrets mauriciens pendant la Seconde Guerre mondiale – 3e partie

Le mois de juin reste un mois fatidique dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, avec la capitulation de la France en juin 1940, le débarquement des Alliés le 6 juin 1944 et l’appel à la résistance du général De Gaulle, le 18 juin 1940. Cet appel, au départ peu entendu, va prendre de l’ampleur, notamment grâce au soutien des Britanniques qui envoient un grand nombre d’agents secrets derrière les lignes ennemies. Parmi eux, des Mauriciens, 13 au total, des hommes et des femmes d’exception. Voici le troisième et dernier épisode de leurs histoires.

Pendant la Seconde Guerre mondiale la France était divisée en deux zones, l’une occupée par l’armée allemande et l’autre sous le contrôle du gouvernement de Vichy. Dès juin 1940, le général De Gaulle, réfugié à Londres, s’élève contre l’armistice et lance l’appel du 18 juin, sur les ondes de la BBC, acte fondateur de la Résistance française.

De jeunes Mauriciens, souvent d’origine française, comme Amédée Maingard, sont sensibles à cet appel. Issu d’une famille bretonne ancienne, avec des traditions navales et militaires, Amédée Maingard a fait sa scolarité au Collège Saint-Joseph et au Collège Royal, à Curepipe. En 1938, il décide de poursuivre ses études en Angleterre où il rejoint son frère aîné, René, qui était déjà étudiant à Londres.

Avec son camarade mauricien Jean Larcher, Amédée Maingard s’engage, en octobre 1939, dans une unité de l’infanterie de l’armée britannique de réserve. Jean Larcher était lui aussi arrivé en Angleterre en 1938, pour étudier l’agronomie à l’Université de Reading. Tous deux se portent volontaires dès la déclaration de la guerre et ils sont rejoints en 1939 par un autre compatriote, Marcel Rousset. Ce dernier est né en 1911 à  Curepipe mais a grandi en France où ses parents se sont établis en 1919.

Répondant à un appel de l’Inter Service Research Bureau, Jean Larcher confirme qu’il est bilingue et accepte d’entreprendre des missions secrètes en France. Il recommande ses amis Maingard et Rousset qui entrent tous deux également dans la F Section du SOE et reçoivent une formation de radio. Les trois Mauriciens suivent une formation spéciale pour entre autres disciplines le combat à mains nues.

En janvier 1943, en préparation à son infiltration en France, Amédée Maingard est promu au grade de capitaine et rencontre celui qui sera son chef, Maurice Southgate, qui sera parachuté en France au début de 1943 pour former le réseau Stationer. Dans la nuit du 12/13 avril Amédée Maingard est parachuté à son tour pour agir comme radio du réseau Stationer dont la   mission consiste à organiser la Résistance, l’armer et lui donner la formation dans l’utilisation des armes et des explosifs. La tâche principale était de préparer le Jour-J (le débarquement du 6 juin 44), mais aussi, dans l’intervalle, d’attaquer des cibles, selon les instructions de Londres.

Le 23 mars 1943, sous le nom de code Léopold, Marcel Rousset est parachuté à l’aveugle en même temps que son chef de réseau François Garel et l’assistant de ce dernier. Non seulement Garel se casse la cheville à l’atterrissage, mais tous leurs bagages, y compris le poste radio de Rousset, sont perdus. A travers la Mauricienne Lise de Baissac (voir 2e partie), Rousset organise le parachutage d’un nouvel émetteur et réussit à envoyer ses premiers messages à Londres dans le courant du mois de mai.

Jean Larcher, lui, fait partie d’une opération dont la mission est de détruire l’usine et la raffinerie de schiste bitumineux des Thelots, près d’Autun. Parachuté dans la nuit 18 avril 1943, Larcher se blesse au moment de la réception. Son chef de groupe le juge trop handicapé pour continuer la mission et le Mauricien entreprend son retour en Angleterre, via les Pyrénées.

A Londres, on lui confie une nouvelle mission et dans la  nuit du 17 au 18 août 1943, Larcher et un coéquipier sont parachutés mais atterrissent loin de leur objectif, le village d’Escoussens. Pour diverses raisons cette mission ne peut être menée à bien, elle non plus, et les deux coéquipiers traversent à nouveau les Pyrénées et arrivent à Londres le 11 septembre. Larcher est critique de la façon dont la mission a été préparée. De son côté, l’état-major n’apprécie pas que Larcher ne soit pas allé au bout de sa mission.

Le 7 septembre 1943, Garel, Rousset et leurs camarades déjeunent chez une Résistante, quand 12 agents de la Gestapo font irruption et arrêtent tout le monde. Rousset est interrogé jusqu’au soir et toute la journée du lendemain. La Gestapo maintient qu’il est Leopold et Rousset nie systématiquement. Mais il est trahi par un de ses coéquipiers.

Les Allemands lui proposent de les aider pour faire des radio games avec Londres. Rousset accepte et s’emploie à envoyer des indices clairs. Il en décrit au moins quatre et cette situation perdure pendant cinq jours mais ses avertissements ne sont pas relevés par Londres…

Pendant l’été et l’automne 43, Amédée Maingard, quant à lui, organise des attaques et des sabotages sur les chemins de fer, contre les camions ennemis et sur le réseau électrique. En janvier 44, le groupe reçoit l’ordre de se préparer à recevoir plus d’armes et former de nouveaux réseaux.

A la suite de l’arrestation de Maurice Southgate, Amédée Maingard  prend le commandement du réseau Stationer peu de temps avant le 6 Juin 1944. Après le débarquement, Maingard se rend dans la Vienne afin de soutenir le siège des commandants FFI locaux. Les SAS (forces spéciales) britanniques l’accompagnent et prennent la responsabilité d’attaquer les lignes de chemin de fer et d’identifier des cibles ennemies pendant tout le mois de juin.

Le 8 juin au matin, dans la prison où il est détenu, Marcel Rousset est de corvée Pendant qu’il balaie un escalier, il voit que la clé de la porte donnant dans le jardin arrière est restée sur la serrure. Il s’approche du garde, lui assène un coup, lui arrache son fusil et l’assomme avec la crosse. Il se précipite dans le jardin, franchit le mur, gagne la rue en traversant le jardin voisin et prend ses jambes à son cou alors que la sirène retentit… Après avoir emprunté plusieurs rues, il s’engouffre dans une loge de concierge et menace la pauvre de la tuer si elle essaye d’appeler. Rousset téléphone ensuite à une amie qui lui apporte, au crépuscule, pantalon, pardessus et chapeau. Notre homme se fond alors dans Paris, où il se cachera jusqu’à la libération.

A partir de la fin juin jusqu’à mi-juillet 44, Amédée Maingard fourni des renseignements inestimables sur les camps allemands qui hébergeaient des unités de répression et sur les mouvements des divisions. Après que les derniers soldats allemands quittent Poitiers dans la soirée du 4 Septembre 1944, les maquisards entrent dans la ville en triomphe, dirigés par le colonel Chêne avec Maingard à ses côtés. Le 12 août ce dernier reçoit, des mains du général Koenig, la Croix de Guerre avec palme. Puis, le 16 octobre 1945, il est investi du Distinguished Service Order (DSO) par le roi George VI lors d’une cérémonie à Buckingham Palace. Il est démobilisé le 20 décembre 1945.

De son côté, Jean Larcher termine la guerre sur le front asiatique. Il a pris part, contre les Japonais, à la fameuse bataille de la Colline 170, entre Chaung et Kangaw, en Birmanie. Cette bataille qui se termine au corps à corps, dure du 22 janvier au 1er février 1945. Le 5 février 45 Larcher reçoit la Military Cross pour son action et sa bravoure.

Le treizième Mauricien à avoir fait partie des SOE est Guy Labauve d’Arifat, né le 20 mai 1919 a Curepipe et lui aussi un ancien du Collège Royal. A la déclaration de la guerre, il se porte volontaire dans l’infanterie britannique et participe à la reconquête de l’Italie et aux offensives à Monte Cassino.

C’est en mai 1944, que Guy d’Arifat est recruté par le SOE et envoyé à Alger pour suivre l’entrainement spécifique aux forces spéciales. Il est rattaché au 4 Special Force Unit et débarque dans le sud de la France, le 19 août 1944. Agent de liaison auprès de l’armée américaine, il participe à des opérations d’infiltrations en territoire ennemi pour le compte de la résistance française, jusqu’en novembre 1944. Il est démobilisé en mai 1945.

La Seconde Guerre mondiale prend fin sur le théâtre d’opérations européen le 8 mai 1945 par la capitulation sans condition du Troisième Reich, puis s’achève définitivement sur le théâtre d’opérations Asie-Pacifique le 2 septembre 1945.

 

Sources : Alain Antelme, Paul Mc Cue – Crédit photo : Collection Maingard

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