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Mai 75 : la révolte des collégiens Mauriciens

En mai 1975, des dizaines de milliers de collégiens descendent dans les rues pendant plusieurs jours. Ils protestent contre un système d’éducation inégalitaire. Cette fronde aura des répercussions importantes qui seront à la base d’un changement politique et social majeur quelques années plus tard…

Lundi 5 mai 1975. 3 000 élèves du collège Bujoharry descendent dans la rue St Georges où se trouve leur école. Ils protestent contre le paiement annuel de Rs 20 réclamé par l’administration du collège pour les activités sportives. Un mince cordon de police est présent sur les lieux. La circulation est perturbée mais la manifestation se déroule sans effusion.

L’affaire fait la une des journaux dès l’après-midi. Interrogé, le directeur de l’école, de son côté, reste ferme et refuse de céder, trouvant la reclamation « justifiée ». Cette revendication spontanée est en fait le signe extérieur d’un malaise plus profond qui mine le système éducatif mauricien depuis plusieurs années. Manque de professeurs, salles inadéquates, mesures disciplinaires autoritaires, frais exorbitants, la colère gronde chez les collégiens.

Une semaine plus tard, la grogne gagne d’autres collèges. Queen Elizabeth, RCC, RCPL, John Kennedy, Eden, London, la plupart des collèges réputés de Maurice se mettent en grève. Les élèves protestent ouvertement contre les nombreux manquements dans leurs établissements.

Ce mouvement concerne environ 10 000 à 15 000 élèves selon le journal le Mauricien. A Rose-Hill, à Port- Louis, les élèves descendent dans la rue, font du chahut mais sans qu’il n’y ait de heurts à deplorer. Pour le moment…
Le mouvement de protestation est suffisamment important pour que le ministre de l’Education, Régis Chaperon, intervienne publiquement en promettant des changements. Mais le mouvement ne faiblit pas. Le lendemain les écoles sont fermées. Il n’y a plus de cours …

Le 20 mai, plusieurs milliers de collégiens descendent sur Port-Louis. Parmi eux, un nombre impressionnant de jeunes filles, selon le Mauricien. En fin de matinée, ils sont stoppés à Grande Rivière Nord Ouest. Mais le gouvernement decide de « play it cool », comme rapporté par le Nation, journal du régime.

Pourtant, à Rose-Hill, des dérapages ont lieu dans l’après midi : des collégiens saccagent un autobus et la Riot Unit, section anti-émeute de la police fait usage de gaz lacrymogène.

Le lendemain, c’est l’escalade, à Rose Hill encore puis à Port Louis. Alors que, selon le Mauricien, la plupart des collégiens sont restés chez eux, que les écoles sont fermées, seulement quelque 800 collégiens descendent dans la rue. Cette fois la manifestation tourne à l’émeute. A la rue Desforges et à la rue Leoville L’Homme, des autobus sont saccagés, des magasins lapidés. Des adultes sont présents dans les rangs des manifestants, toujours selon leMauricien. L’AFP fait état de cette « révolte des étudiants » dans son bulletin.

Au plan politique c’est également l’escalade. Gaëtan Duval, le Leader de l’Opposition parlementaire n’hésite pas à réclamer des élections générales pour « mettre fin aux désordres et barrer la route à l’extrême gauche ». Car 1975 est aussi l’année qui voit la montée en puissance du MMM, le parti de gauche qui pousse vers la prise du pouvoir et dont l’aile jeune noyaute le mouvement étudiant.

Finalement, après une nuit d’émeutes, c’est le retour au calme le lendemain, vendredi. Comme après un cyclone, on fait l’évaluation des dégâts. On relève ainsi 118 arrestations et de nombreux autobus saccagés, 40 au total, dont 4 incendiés.

Le lundi suivant c’est la reprise des cours mais pas partout. Sir Seewoosagur Ramgoolam, le Premier Ministre prend enfin la parole. Il demande aux collégiens d’être « patients »…

Cette fronde estudiantine n’aura finalement fait que des dégâts matériels. Mais elle aura des répercussions sociales et politiques profondes. Comme le Premier Ministre l’avait laissé entendre aux collégiens, le Gouvernement finira par prendre une decision majeure : l’introduction du principe d’éducation gratuite. Cette décision fut entérinée l’année suivante, également année électorale. Mais le mouvement de contestation des collégiens aura aussi été le vivier d’un renouveau politique. Ainsi, une nouvelle génération de jeunes Mauriciens, formant la base de la gauche militante, portera le MMM au pouvoir quelques années plus tard, en 1982.

Des milliers d'étudiants marchent sur Port-Louis

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