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Maurice, entrepôt de produits indiens pour marchands américains

Les relations commerciales entre Maurice et les Etats-Unis, deux entités si lointaines mais tellement proches sous certains aspects, basant leur développement sur l’esclavagisme, l’une appartenant à la France, l’autre venant tout juste de s’émanciper de la couronne britannique, sont vieilles de plusieurs siècles…

Les premières relations entre la colonie d’Amérique du nord et les îles de l’Océan Indien s’établirent vers 1685 lorsque les boucaniers anglais et américains écumant les Antilles transférèrent leur quartier général dans le nord de Madagascar afin d’échapper aux représailles de la marine royale. Les commerçants de la côte est américaine se mirent à opérer des trafics lucratifs avec ces pirates, notamment concernant la vente d’esclaves.

Au moment de la Guerre d’Indépendance, la France signa avec les colonies américaines un traité d’amitié ce qui officialisa les échanges avec Madagascar ainsi qu’avec l’Isle de France devenue une étape importante sur les routes d’Inde puis vers la Chine. Les commerçants américains affrètèrent ainsi de plus en plus de navires vers l’Océan Indien, notamment vers Port-Louis, concurrençant du même coup les commerçants européens.

Le premier vaisseau de commerce américain arriva ainsi à l’Isle de France le 21 avril 1786. Le navire s’appelait le Grand Turk, faisant 300 tonneaux, sous le commandement du Capitaine Ebénézer West. Son port de départ était la ville de Salem, dans l’Etat du Massachusetts. Il appartenait à Elias Hasket Derby, armateur de Salem.

La cargaison du navire fut vendue au Port-Louis et le navire leva l’ancre le 4 juillet, mettant le cap sur la Chine. Il avait été affreté par un négociant français pour le transport de marchandises vers la ville de Canton. Sur place, il chargea une cargaison de thé, de porcelaine et de canelle, et rentra à son port d’attache Salem. L’escale à l’Isle de France n’était pas prévue et faisait suite à une croisière infructueuse au Cap de Bonne-Espérance.

Mais la navigation était longue entre l’Amérique et l’Asie. Maurice constitua pour les Américains un entrepôt des produits des Indes qui abrégeait la navigation. Pendant la Révolution et sous l’Empire, les marchands de Baltimore, Salem, Boston, New York ravitaillaient l’île et y achetaient les prises faites par les corsaires aux navires anglais.

De 1786 à 1793, 86 navires américains touchèrent Port-Louis. A partir de 1796, le nombre augmenta de façon exponentielle, avec la guerre de course qui s’accentuait dans le sud-ouest de l’Océan Indien. Les prises des corsaires étaient bonnes et le commerce était florissant. Ainsi, 44 navires américains relâchèrent à Port Louis rien qu’en 1796. Huit ans plus tard, au plus fort de la guerre de course, ils étaient plus du double à venir faire du commerce, soit 98 navires en 1804 …

Même sous les différentes guerres et embargos, les navires américains continuèrent à venir à Port-Louis. Jusqu’à l’ouverture du Canal de Suez qui changea drastiquement la donne, déviant les routes commerciales et mettant Port-Louis à l’écart…

Sources : Histoire Maritime de l’Ile Maurice – 1500-1790, par Jean Marie Chelin

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