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Maurice, l’ile aux trésors

Ile Maurice, la perle de l’océan indien fut la terre de prédilection de ces aventuriers qui écumèrent la Mer des Indes aux 17e et 18e siècles et durant les premières décennies du 19e siècle, soit pendant près de 175 ans. Ses anses accueillantes constituèrent un abri de choix pour les flibustiers de tous acabits qui écumèrent la Mer des Indes. Plus hospitalière que sa voisine La Réunion, plus secrète aussi avec ses immenses lagons transpercés par des embouchures de rivières, elle était considérée comme l’endroit idéal pour cacher un butin.

L’île n’attira que peu de convoitises avant l’occupation hollandaise à partir du milieu du 17e siècle… sauf celle des oiseaux de mer. Ni les Arabes qui la nommèrent “Dina Arobi” ni les Portugais qui la baptisèrent “Cirne”, ne lui accordèrent grande attention. Ce fut donc la Compagnie néerlandaise des Indes Orientales, la VOC, qui, en s’y installant pour le ravitaillement de ses navires voguant vers Batavia,capitale des Indes néerlandaises (aujourd’hui Jakarta), conféra à “Teylandt Mauritius”  (nom néerlandais de l’île) un certain attrait.

Dès cette époque des activités illicites se mirent en place à Maurice. Certains forbans qui gravitaient autour de la riche compagnie néerlandaise tels des oiseaux de proie, profitèrent du faible nombre de soldats en poste pour faire la pluie et le beau temps dans la colonie, s’approvisionnant sans retenue dans les maigres réserves de l’île qui, ne l’oublions pas, était aussi recouverte à l’époque de bois précieux. Les occupants de la colonie n’étaient pas non plus exempts de tout reproche et commerçaient avec les trafiquants qui n’hésitèrent pas à employer la force quand il le fallait. Quelques gouverneurs néerlandais prirent même part à ce vilain commerce. On évoque souvent le rôle de l’un deux, Hubert Hugo, dont on n’a jamais vraiment su s’il était un administrateur laxiste ou un authentique coquin.

Repaire de pirates sous l’occupation hollandaise, la colonie fut aussi la proie d’autres fléaux. Invasion de rats dans les cultures, cyclones, maladies, mirent la patience des administrateurs de la VOC à rude épreuve. Les habitants essuyaient régulièrement la colère des esclaves en fuite, les marrons, qui faisaient des razzias dans les champs. A la fin du 17e siècle la colonie était exsangue. A partir de 1705, elle fut donc graduellement abandonnée par la VOC, ce qui laissa le champ libre à qui voulait bien profiter d’elle. Pendant au moins une dizaine d’années Maurice resta donc inoccupée. Officiellement. Car l’histoire ne dit pas si certains forbans, fuyant les Caraïbes, y avaient déjà trouvé refuge…

Lorsqu’en 1697 le roi Louis XIV signa un traité de paix avec l’Espagne après de longues années de lutte – le Traité de Ryswick mit fin à la guerre entre Français, Espagnols, Anglais -, ce n’est pas seulement l’Europe qui retrouva la paix mais aussi toute une partie du Nouveau Monde. Cela eut une repercussion sur l’ensemble de la flibuste. Au début du 18e siècle, les frégates françaises, anglaises et espagnoles repoussaient sans cesse les pirates des Caraïbes dans leurs derniers retranchements. La flotte du Commodore Woode Rogers, Gouverneur des Bahamas, leur porta un coup fatal en 1717. Ils leur fallut trouver d’autres refuges, d’autres proies…

Même si elles se trouvaient sur la route des épices, les Mascareignes paraissaient moins attrayantes que les Caraïbes par où transitait tout l’or que les Espagnols extrayaient des mines du Nouveau Monde. Néanmoins, poussés par le souffle inexorable de l’aventure, des flibustiers comme les Anglais William Kidd, Edward England et surtout John Taylor ainsi que le Français Olivier Levasseur choisirent l’Océan Indien pour poursuivre leurs frasques, rapines et pillages.

Levasseur, surnommé La Buse et son associé Taylor furent les plus célèbres des pirates de l’Océan Indien. Ils écumèrent le sud-ouest de l’Océan Indien pendant plus de trois ans. En 1720, ils effectuèrent leur plus grosse prise en s’emparant du Notre Dame du Cap, devant Saint Denis, à l’île Bourbon. Le navire transportait le vice-roi des Indes orientales portugaises et l’archevêque de Goa mais surtout un fabuleux butin: rivières de diamants, bijoux, perles, barres d’or et d’argent, meubles, tissu, vases sacrés et cassettes de pierres précieuses, probablement la plus grosse prise de l’histoire de la piraterie. Cette formidable prise fit des deux compères la terreur des Mascareignes et des côtes de Madagsascar.

Mais quelques années plus tard ils se disputèrent et rompirent leur association, profitant du fait que le Roi de France offrait une amnistie aux flibustiers qui renonçaient à la piraterie. La Buse, contrairement à son compère Taylor, refusa de se rendre et préféra rester à Ste Marie au nord-est de Madagascar. En 1729, il fut reconnu par un capitaine français qui le captura dans la Baie d’Antongil. La Buse fut jugé et exécuté sans que l’on n’ait jamais su ce qu’il était advenu de son fabuleux butin.

Contrairement aux pirates, les corsaires pouvaient, eux, jouir de leur butin en toute impunité. Ils étaient dotés de lettres de marques, documents émanant de l’Etat leur permettant de s’emparer de navires marchands en temps de guerre. Les corsaires s’octroyaient au passage un fort pourcentage sur les prises  Que firent-ils de tous ces trésors? Ont-ils été dilapidés ou bien enfouis dans quelque cache?…

Pour tenter de répondre à ces interrogations, plusieurs chercheurs férus d’histoire et d’aventures, se lancèrent, au fil des années dans d’hypothétiques chasses au trésors, entreprenant des fouilles, souvent hasardeuses, aux quatre coins de Maurice. On peut ainsi citer les régions de Baie du Tombeau, dans le nord-ouest, Belmont, à Saint-Antoine, dans le nord-est, ou encore Bel-Ombre et la Baie du Jacotet et Souillac dans le sud ainsi que Rivière Noire et ses environs, à l’ouest… A en croire certains récits, des magots furent même découverts… et emportés, bien évidemment! Car celui qui découvre un trésor ne va certainement pas le crier sur tous les toits… Mais dans la plupart des cas, les chercheurs ne récoltèrent, après des années de fouilles, que quelques rares objets et … de lourdes dettes!

S’il y a un trésor qui reste légendaire c’est bien celui du pirate La Buse. Des générations de chercheurs de trésors s’évertuèrent à le trouver dès le lendemain même de l’exécution du forban.  En effet, juste avant de mourir, La Buse aurait lancé un parchemin dans la foule venue assister à son exécution en criant ces mots: “Mon trésor à qui saura comprendre”. Sur le parchemin un cryptogramme indéchiffrable…

L’expert en déchiffrage et bibliothécaire français Charles de La Roncière (1870-1941), a proposé, bien des années plus tard, certaines clés au rebus. Suivant les indications obtenues, des fouilles furent enterprises un peu partout dans les îles du sud-ouest de l’Océan Indien, à Maurice bien sûr, à Madagascar (où Roncière situerait le trésor) mais surtout aux Seychelles, entre 1947 et 1970, où elles ne donnèrent aucun résultat.

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