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De la négritude dans l’Ile Maurice du 19e siècle

Georges, d’Alexandre Dumas

Traitant de la négritude avant l’heure, à une époque où l’esclavage n’était pas encore aboli, ce grand roman méconnu d’Alexandre Dumas se passe presqu’entièrement à Maurice, durant la première moitié du 19e siècle. Les descriptions de l’île et de la société coloniale de l’époque y sont saisissantes de réalisme et d’authenticité, même si Dumas n’y a jamais mis les pieds…

Le roman raconte l’histoire de Georges Munier, riche mulâtre de l’Isle de France qui a résolu de tuer à lui seul le préjugé qu’aucun homme de couleur n’avait osé combattre. Parti faire ses études à Paris, il devient un gentilhomme accompli, voire même une sorte de surhomme courageux et volonaire, maître de ses émotions. De teint clair, il passe aisément pour blanc et tombe amoureux de la jeune Sara de Malmédie qui lui rend bien son amour. Mais la famille lui refuse le mariage et fou de rage Georges a recours à un soulèvement populaire pour se venger et arriver à ses fins…

Roman à la fois historique (le premier chapitre s’ouvre sur la bataille du Grand-Port) exotique et même résolument engagé, Georges est resté plus ou moins inaperçu. Considéré comme une oeuvre “secondaire” d’Alexandre Dumas, il est pourtant l’un de ses premiers romans et l’on y trouve déjà tous les ingrédients de ses plus grandes oeuvres. Il est intéressant de noter que le personnnage de Georges préfigure le héros du Comte de Monte-Cristo, Edmond Dantès.

Georges est une très intéressante chronique de la société coloniale avec tous les préjugés et le racisme qui l’ont minée. Le roman est une fresque passionnante de l’Ile Maurice du début du 19e siècle, avec des descriptions de Port-Louis, de la Rivière Noire. Selon certains biographes, Dumas se serait fait aider par Félicien Mallefille, Mauricien vivant à Paris, pour écrire tous ces passages avec forces details et évocations – notamment une extraordinaire description d’une journée de courses de chevaux au Champ de Mars.

Les préjugés et le racisme ont-ils secrètement affecté Alexandre Dumas, lui-même métis? Reçu dans les salons les plus fermés de la société parisienne du milieu du 19e siècle, ses origines ne l’ont a priori jamais desservi puisqu’il fut considéré par certains comme le Roi de Paris, le favori de ces dames. Sa grand-mère, Louise Cessette Dumas était une esclave de Saint Domingue dont il parlait peu. Voulait-il taire ses origines africaines? Elle avait eu un fils avec un marquis français. Ce père, illustre soldat de l’armée républicaine au teint brun, Dumas n’admit jamais qu’il put avoir des origines africaines.

Georges est probablement l’histoire de ce refoulement, de cette dualité qui existait en lui. Selon ses biographes, Dumas n’a en effet, a aucun moment, milité dans les rangs des mouvements abolitionnistes très actifs en France, au milieu du 19e siècle. Beau roman historique, véritable pamphlet consacré à la négritude, il peut être classé parmi les meilleures oeuvres d’Alexandre Dumas.

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