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Port Louis au 20e siècle : Seconde guerre mondiale et grèves de dockers

Histoire(s) Mauricienne(s), en collaboration avec la Mauritius Ports Authority (MPA), vous raconte l’évolution du port de Port-Louis au 20e siècle. Une invitation à remonter dans l’histoire.

A la veille de la Seconde guerre mondiale, malgré la conjoncture défavorable, Maurice restait une île attrayante pour les visiteurs. Bien que son importance eût diminué, Port-Louis n’en demeurait pas moins un port de commerce moderne et une étape importante pour les voyageurs. Les activités maritimes s’intensifiaient. De nombreux cargos, en provenance de Madagascar, d’Inde, d’Australie ou d’Afrique du sud débarquaient du riz, du blé, du bétail, des bœufs ou du charbon. Ils repartaient chargés du sucre mauricien vers l’Inde, l’Australie et le Royaume Uni.

En 1933, un événement allait faire sensation. En septembre de cette année-là, la première liaison aérienne était inaugurée par un monomoteur qui effectua le trajet Réunion-Maurice et atterrit à Mon Choisy, dans le nord. Mais l’aviation n’allait prendre son envol qu’après la Seconde guerre mondiale et le transport maritime avait encore de beaux jours devant lui.

Cependant, un important mouvement de grève allait perturber les activités portuaires en septembre 1938. Le 1er septembre, quelque 3 000 dockers cessèrent le travail au moment ou plusieurs navires ancrés dans le port attendaient leur chargement de sucre destiné à l’exportation. Mais le tribunal de Port-Louis déclara la grève illégale et conféra au gouverneur, sir Bede Clifford, des pouvoirs exceptionnels. Un état  d’urgence fut proclamé.

Le gouverneur voulait saper l’influence grandissante du Parti travailliste, à l’origine du mouvement, et décongestionner Port-Louis. Il fit interpeller le Dr Maurice Curé, le Pandit Sahadeo et Emmanuel Anquetil, les dirigeants travaillistes les plus influents, puis engagea des travailleurs de l’industrie sucrière pour embarquer le sucre, brisant ainsi la grève. Ces premiers frémissements dans les revendications des travailleurs allaient encourager l’émancipation de la classe laborieuse et nourrir le mouvement indépendantiste encore embryonnaire…

Les compagnies maritimes, de leur côté, intensifiaient leurs activités. Les goélettes de Raphaël Fishing & Co. ramenaient à Port-Louis du poisson de St Brandon et ce secteur d’activité prit une certaine ampleur avec la pêche sur les bancs. De plus, le trafic passagers et les échanges de marchandises inter-îles devenaient plus réguliers grâce notamment à la compagnie maritime Colonial Steamship. Ses navires, le Zambezia et le Carabao, reliaient Maurice à Rodrigues, aux Seychelles ainsi qu’aux Chagos, ou encore à l’Afrique de l’est et à l’Afrique du sud.

Mais la Seconde guerre mondiale allait avoir un impact sur les activités portuaires avec un ralentissement dans le mouvement des navires, voire même une suppression de certaines liaisons, comme celles qui étaient assurées par les Messageries Maritimes. Le ravitaillement des denrées de base fut interrompu et le rationnement fut de rigueur. La colonie vivait dans la crainte d’une invasion et Port-Louis était sur ses gardes. Baie-du-Tombeau accueillit même une base d’hydravions militaires… La zone n’avait d’ailleurs pas été épargnée puisque des navires de commerce furent régulièrement la cible des torpilleurs. Rien qu’entre juillet et septembre 1943 six navires périrent corps et bien entre Maurice et Madagascar…

Après la guerre, une nouvelle ère allait s’ouvrir dans les relations entre Maurice et le monde extérieur. En 1943, l’armée britannique avait aménagé un aérodrome militaire à Plaisance qu’elle abandonna au profit des vols commerciaux à partir de 1946. Dès la fin des années 40, Air France mit en place un service passagers sur la ligne Paris-Plaisance qui se faisait en 3 jours.

Mais cette ouverture n’allait pas ralentir le dynamisme du port mauricien.  Les infrastructures portuaires bénéficiant du formidable élan d’après-guerre, furent modernisées. Grues et chalands furent remplacés, les capacités de stockage et d’entreposage furent améliorées et la configuration de la rade changea. Dans les années 50, Port-Louis devenait même “one of the fastest dispatching ports”. Et les fameux paquebots de Messageries Maritimes continuaient de rythmer la vie de la colonie.

La liaison inter-îles s’intensifia elle aussi, sous l’impulsion de la Colonial Steamship Co Ltd qui fit l’acquisition en 1955 d’un navire flambant neuf, le MV Mauritius, pouvant transporter 20 passagers en première classe, 22 en seconde classe et 104 en troisième classe. Malgré l’avènement de l’aviation, les longs voyages se faisaient toujours par bateau. En septembre 1956, la princesse Margaret fit une courte escale à Port-Louis à bord du yacht Britannia, perpétuant ainsi la tradition des représentants de la famille royale britannique de s’arrêter à Maurice, au cours de leurs tournées en Afrique australe et orientale.

Puis, au moment de l’indépendance dans les années 60, lorsqu’ils choisirent l’exil vers l’Australie, c’est à Port-Louis que des centaines de Mauriciens embarquèrent, à destination de l’Australie. Le port fut ainsi le théâtre de scènes d’adieux émouvantes.

Mais comme toute aventure a une fin, celle des Messageries Maritimes à Port-Louis se termina en juillet 1969 avec le dernier voyage du Pierre Loti. Après 105 années de liaisons quasiment ininterrompues (sauf brièvement pendant la Seconde guerre mondiale), les célèbres paquebots regagnaient définitivement leur port d’attache en France.

 

Crédit photo : collection Halbwachs

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