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Port-Louis : base de la Compagnie des Indes et étape pour les explorations vers l’Est

Illustration : collection Jean Marie Chelin

Histoire(s) Mauricienne(s), en collaboration avec la Mauritius Ports Authority (MPA), vous raconte l’évolution du port de Port-Louis, depuis les origines jusqu’à la fin du 20e siècle. Une invitation à parcourir 400 ans d’histoire en douze chapitres mensuels.

Au milieu du 18e siècle, Port-Louis était devenu le refuge des voyageurs épuisés par les traversées entre l’Europe et les Indes… Malgré des débuts difficiles, ponctués par les intempéries (cyclones et autres calamités), l’installation d’infrastructures portuaires adéquates, notamment pour la protection des navires et la construction de bâtiments publics plus résistants aux coups de vents, en avait fait un port d’escale sûr. Mieux encore, ces aménagements permirent au port de devenir une base navale pour la construction de navires, l’entreposage de marchandises et le ravitaillement.

Dans les années 1740, la construction navale avait pris forme sous l’impulsion du gouverneur Labourdonnais, alors que la Compagnie des Indes, qui administrait l’Isle de France, interdisait la fabrication de bateaux sous prétexte que le bois n’y était pas bon. Port-Louis produisit d’abord des chaloupes et de petites embarcations, puis un premier brigantin de 100 tonneaux et des navires de guerre de 380 tonneaux qui servirent aux Indes contre les Anglais. Une année, dix-huit navires sortirent des chantiers de Port-Louis.

Pour l’entreposage, Labourdonnais estimait nécessaire de fournir l’île en commodités de base et en matériel pour le bon fonctionnement des petites fabriques et l’exploitation des plantations. Il introduisit ainsi le principe de free trade entre les îles (Maurice et Bourbon) et l’Inde qui garantissait à la colonie l’approvisionnement dont elle avait besoin… Mais les colons étaient réticents à délaisser leurs terres pour s’engager dans le commerce maritime et la Compagnie craignait pour son monopole. Il faudra attendre bien plus tard pour que l’idée de Labourdonnais soit reprise et que Port-Louis devienne l’entrepôt de l’océan Indien. Lorsqu’il fut accusé de fraude par la Compagnie et qu’il dut quitter l’île en avril 1747, les gouverneurs qui lui succédèrent furent plus prudents, moins entreprenants, craignant les foudres de la Compagnie.

Au début de la deuxième moitié du 18e siècle, le destin de Port-Louis allait se trouver lié au déclin de la Compagnie, provoqué par les effets de la guerre de Sept ans sur le commerce avec les Indes. Le conflit opposa, de 1956 à 1763, le royaume de France de le duché d’Autriche et leurs alliés, aux royaumes de Grande-Bretagne, de Prusse et à leurs alliés, simultanément sur plusieurs continents, en Europe, en Amérique du Nord ainsi qu’en Inde et dans l’océan Indien.

La Compagnie avait d’abord connu une certaine prospérité, envoyant en moyenne 20 navires par an aux Indes, dont la plupart touchèrent les îles de l’océan Indien, avec escale surtout à Port-Louis. Mais pendant toute la durée du conflit, le commerce enregistra une baisse considérable et les profits annuels de la Compagnie passèrent de 7,2 millions de livres à 400 000 livres… En revanche, les navires de guerre qui relâchaient au port, conférèrent à Port-Louis un rôle de point de relâche et de ravitaillement. Le personnel du port et les charpentiers de marine ne chômèrent pas. De nombreux habitants, parmi lesquels des esclaves, furent enrôlés sur les navires de passage pour compléter les équipages.

Mais la situation dans la colonie n’était pas brillante et la faillite de la Compagnie l’avait considérablement affectée. Pour corser le tout, en janvier 1760, une tempête tropicale d’une rare violence balaya Port-Louis, détruisant pratiquement toutes les installations portuaires et provoquant le naufrage de la plupart des bateaux dans la rade, soit 32 au total. Dans l’île les dégâts furent énormes, les récoltes et le bétail furent perdus et l’on déplora plus de 200 morts, victimes des inondations et des naufrages. D’après les témoignages de l’époque, ce fut l’un des cyclones les plus violents que l’Isle de France ait jamais connu…

Les calamités naturelles ajoutées à une mauvaise gestion et aux effets de la guerre mirent la colonie à genoux. Cette situation catastrophique incita le gouvernement royal à suspendre le monopole de la Compagnie et à reprendre le contrôle des Mascareignes en 1764.

À la fin des années 1760, Port-Louis continuait d’accueillir beaucoup de marins, de militaires mais aussi des navigateurs en route vers les Indes, l’Asie et l’Australie et pour lesquels le petit port constituait une étape de choix, avant d’affronter le parcours vers l’Est. L’une de ces expéditions, celle de l’explorateur Louis Antoine de Bougainville, aux commandes de La Boudeuse et de L’Étoile fit une escale remarquée, en novembre 1768, en provenance de Java.

Du bourg crasseux qu’il était redevenu après Labourdonnais. Port-Louis se transformait peu à peu en vraie ville. L’intendant et préfet colonial Pierre Poivre, arrivé en 1767, entreprit, avec l’aide de ses assistants, l’ingénieur Cossigny et l’officier de marine Tromelin, le drainage et l’agrandissement du port qui était encombré par les épaves. Il le dota aussi d’entrepôts, mis en place un service de santé maritime pour le contrôle des épidémies et fit construire dans la ville des moulins à eau, une boulangerie, une pharmacie…

Le port avec son trafic constant de marchandises, finit par attirer l’élite locale, intéressée à faire des bénéfices rapides. Port-Louis, désormais sous administration royale, était devenu un port de commerce très actif, une escale offrant beaucoup de facilités et qui allait connaître une nouvelle vague de prospérité…

Sources : Port-Louis, histoire d’une capitale, de Jean Marie Chelin (à paraître) – Les chasseurs d’épices, de Daniel Vaxelaire – Le Grand Livre des Entrepreneurs, Overseas Publications
Illustration : collection Jean Marie Chelin

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