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Port-Louis: les débuts de la marine à vapeur et l’ouverture du Canal de Suez

Histoire(s) Mauricienne(s), en collaboration avec la Mauritius Ports Authority (MPA), vous raconte l’évolution du port de Port-Louis, depuis les origines jusqu’à la fin du 20e siècle. Une invitation à parcourir 400 ans d’histoire.

Durant la seconde moitié du 19e siècle, Port-Louis allait progressivement changer de configuration. Devenu un port à sucre, ses infrastructures s’adaptèrent pour accueillir un va-et-vient de côtiers et de chalands. Il était le théâtre d’embarquements incessants de sacs de jute remplis de la précieuse denrée qui se vendait principalement en Grande-Bretagne et en Australie, mais aussi en Inde. Après l’abolition de l’esclavage et l’introduction de l’engagisme, les coolies prirent la place des esclaves dans les travaux portuaires.

La navigation à vapeur prenait de l’ampleur sur les océans. En six ans, de 1831 à 1836, l’Angleterre avait doublé la force de sa navigation à vapeur, le tonnage de ce type de bâtiments passant de 2,2 millions à 5,3 millions de tonneaux. Tandis que les chemins de fer resserraient l’espace sur les continents, les navires à vapeur étaient les liens qui unissaient les différentes parties mondes. Les premiers navires de mer équipés de machines à vapeur furent des voiliers à peine modifiés. Les premiers bateaux à hélice, eux, virent le jour à la fin des années 1830. Leur utilisation dans la marine ne fut effective qu’à partir des années 1850.

Le premier navire à vapeur fut introduit à Maurice par Blyth Brothers, compagnie maritime fondée en 1830 à Port-Louis. Le premier navire hélice à faire son entrée à Port-Louis fut le Queen of the south, le 12 août 1852. Il avait quitté Londres le 10 juin avec escale au Cap. L’entrée du navire au port eut une ampleur nationale et un jour de congé fut accordé à la population pour célébrer l’événement.  

Cette activité nouvelle nécessita de meilleures infrastructures pour l’entretien des navires dans le port. Aussi, Port-Louis construisit un bassin de radoub pouvant accueillir des navires de plus de 1 000 tonneaux en 1857, puis un deuxième en 1859, toujours pour des navires de forte capacité. Ces installations permirent au port de rehausser son niveau de service et de se positionner sur les lignes maritimes de l’océan Indien…

A la fin de l’année 1869 un événement de taille allait modifier la navigation dans l’océan Indien. Le 17 novembre 1869, c’est l’ouverture du canal de Suez. D’une longueur de 162 km, sur 54 mètres de largeur et 8 mètres de profondeur, le canal traverse l’isthme de Suez de part en part. A partir de sa mise en opération, la distance de navigation dans cette partie du monde, entre l’Europe et l’Asie, est abrégée de 8 000 kilomètres. Ainsi, pour aller d’Angleterre en Inde, il n’était plus nécessaire de contourner le continent africain. Auparavant, le trajet de Londres à Bombay par le cap de Bonne-Espérance, exigeait quatre mois. Avec l’ouverture du canal  de Suez, il ne fallait plus que trente à quarante jours aux navires à vapeur pour aller d’Europe en Asie, en passant par la Méditerranée et la mer Rouge

A Port-Louis, cela créa un véritable bouleversement des affaires. Le port mauricien ne jouissait plus du statut d’escale essentielle entre l’Europe et l’Asie. En à peine deux décennies, le port de voiliers était devenu un port à sucre accueillant des navires à vapeur de fort tonnage. Beaucoup de maisons de commerce spécialisées dans la navigation à voile durent fermer boutique.

Par ailleurs, pendant plusieurs années, les activités économiques tournèrent au ralenti à la suite d’une vague d’épidémies qui provoqua un véritable exode de population. En 1854, une épidémie de choléra fit plus de 3 000 victimes dans la capitale. Mais ce fut la malaria qui causa le plus de tort en faisant 22 000 victimes rien qu’à Port-Louis, en 1867.

Malgré cette crise sans précédent le petit port mauricien sut remonter la pente. Si le nombre de bateaux diminuait, le volume du tonnage, lui, augmentait. Les progrès enregistrés dans le domaine maritime eurent des effets bénéfiques sur Port-Louis qui se retrouvait aussi beaucoup plus proche de l’Europe grâce aux effets combinés de l’ouverture du canal de Suez et de la navigation à vapeur. De plus, la liberté de commerce instaurée à partir de 1850 encouragea les grandes compagnies maritimes comme la British India Steam Navigation Company, très active sur l’Afrique de l’est, l’Inde et le reste de l’Asie, à établir une ligne sur Port-Louis.

Mais c’est surtout la compagnie française des Messageries Impériales, devenue par la suite Messageries Maritimes, qui allait jouer un rôle essentiel dans les liaisons maritimes. A partir de 1864, elle exploita de façon intensive le trajet entre Marseille et les Mascareignes, via Suez, l’Afrique de l’Est et Madagascar. Elle allait grandement contribuer au développement des communications entre Maurice et l’Europe et au raffermissement des liens avec la France.

 

Sources: Port-Louis, histoire d’une capitale, de Jean Marie Chelin – Histoire de la colonie, d’Amédée Nagapen

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