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Quand Jules Verne pointe l'île Maurice dans son viseur par Michel Vuillermet

Parmi les 68 voyages extraordinaires que l’immense Jules Verne a couchés sur le papier, il y en a un qui n’a pas échappé à notre lunette astronomique. « Aventures de trois Russes et de trois Anglais dans l’Afrique australe » est un récit d’aventures qui déroule ses péripéties dans l’Afrique du Sud de 1854. Une année riche en rebondissements géopolitiques et en confrontations entre les grandes puissances !

En 1847, le missionnaire et explorateur David Livingstone achève sa troisième mission sur les rives du Kolobeng, dans le pays du Botswana. La région subit une sécheresse catastrophique tandis que les tribus sont attaquées par les fermiers boers. Livingstone trouve son salut dans la fuite. C’est dans ce contexte hostile qu’arrivent nos trois savants russes et nos trois savants anglais au terme d’une expédition dont l’objectif est de mesurer un arc de méridien en effectuant des relevés géodésiques avec la méthode éprouvée et éprouvante de la triangulation.

Si une amitié profonde unit William Emery et Michel Zorn, une rivalité non dissimulée oppose Mathieu Strux et le Colonel Everest, les chefs de la mission anglo-russe, mais l’hospitalité des missionnaires contribue à calmer la querelle.

Jules Verne écrit : « Le 30 août 1854, le messager, si impatiemment attendu, arriva. C’était un indigène de Kilmiane, ville située sur l’une des embouchures du Zambèze. Un navire marchand, de l’Île Maurice, faisant le commerce de la gomme et de l’ivoire, avait atterri sur cette partie de la côte orientale dans les premiers jours de juillet, et déposé les dépêches dont il était porteur pour les missionnaires de Kolobeng. Ces dépêches avaient donc plus de deux mois de date, car le messager indigène n’avait pas employé moins de quatre semaines à remonter le cours du Zambèze. »

Le colonel Everest, après avoir pris connaissance des journaux venus de Maurice, prend solennellement la parole devant ses collègues :

« Messieurs, nous sommes désormais ennemis ! Ennemis séparés par un abîme ! Ennemis qui ne doivent plus se rencontrer, même sur le terrain de la science ! La guerre est déclarée entre l’Angleterre et la Russie. Voici les journaux anglais, russes et français qui rapportent cette déclaration ! »

« En effet, à ce moment, précise Jules Verne, la guerre de 1854 était commencée. Les Anglais, unis aux Français et aux Turcs, luttaient devant Sébastopol. La question d’Orient se traitait à coups de canon dans la mer Noire. Les paroles du colonel Everest produisirent l’effet d’un coup de foudre. L’impression fut violente chez ces Anglais et ces Russes qui possèdent à un degré rare le sentiment de la nationalité. Ils s’étaient levés brutalement. Ces seuls mots : « La guerre est déclarée ! » avaient suffi. Ce n’étaient plus des compagnons, des collègues, des savants unis pour l’accomplissement d’une œuvre scientifique, c’étaient des ennemis qui déjà se mesuraient du regard, tant ces duels de nation à nation ont d’influence sur le cœur des hommes ! »

En cette deuxième moitié du dix-neuvième siècle, la face du monde change à vue d’œil : les conflits entre les empires s’aiguisent préfigurant les conflagrations du début du vingtième. Les innovations croissent à un rythme vertigineux. Grâce au télégraphe, à l’électricité, à la vapeur, au percement du canal de Suez, l’information circule de plus en vite.

Le roman d’aventures de Jules Verne marque le passage d’un monde ancien à un monde nouveau et l’intérêt de l’auteur à signaler l’Ile Maurice n’a rien d’anecdotique. La perle de l’empire britannique dans l’océan Indien reste une escale majeure entre Europe, Afrique et Asie et sa place dans la fourniture et la circulation de la chose imprimée est notoire.

Nous n’en voulons pour preuve que l’article d’Auguste Toussaint publié en 1948 dans la revue d’histoire Outremers. Dans « Les débuts de l’imprimerie aux îles Mascareignes », Toussaint développe et précise : « L’introduction de l’imprimerie à l’Ile de France en 1767 constitue un événement bien digne d’attention. A ce moment, en effet, aucun autre pays de l’océan Indien ne pouvait se vanter d’être bien en avance sur cette colonie. Bien que sa population soit numériquement faible, l’Ile de France qui fut surtout commerçante et militaire, comptait une véritable élite intellectuelle et rien ne le démontre mieux que l’étude des publications sorties de ses presses : les almanachs, les journaux, les gazettes, sans compter les ouvrages d’intérêt littéraire, scientifique, politique ou religieux ».

En introduisant la guerre de Crimée au cœur de l’Afrique australe par le truchement de l’Ile Maurice, Jules Verne, ce grand aventurier de la connaissance, prouvait, une fois de plus et de source sûre, qu’il était parfaitement informé !

Michel Vuillermet, Auteur-Réalisateur, Diplômé de l’Institut des Hautes Études Cinématographiques (IDHEC). Réalise depuis de nombreuses années des documentaires pour les grandes chaînes de service public européennes.

Il a réalisé plus de 30 films, dont MARIE CURIE, AU-DELÀ DU MYTHE, (2011), EDOUARD VIII D’ANGLETERRE, LA FAILLITE D’UN ROI, (2004), SADDAM HUSSEIN, LE MAITRE DE BAGDAD, (2002), ZAFAIR KAYA, (2000), ANDRE MALRAUX (1996), NOUS, ENFANTS DU ROCK, (1992), LE RÈGLEMENT INTÉRIEUR (Long-métrage 35mm, 1980)

 

QUAND JULES VERNE POINTE L’ÎLE MAURICE DANS SON VISEUR.

 

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