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La route vers l’indépendance, 1e partie

Histoire(s) Mauricienne(s), en collaboration avec le Défi Media Group, retrace les événements qui ont mené à l’indépendance de Maurice, depuis la fin de la 2e Guerre mondiale jusqu’aux célébrations du 12 mars 1968.

50 ans après l’indépendance, tous les Mauriciens sont unanimes pour se féliciter du chemin parcouru par le pays. Mais la route fut longue et semée d’embûches. Au terme de la Seconde Guerre mondiale, les choses avaient commencé à bouger au sein de l’empire britannique. Londres lâchait du lest. Le Colonial Office voulait instituer des administrations indépendantes dans ses colonies. Dès le début des années 1940, le combat pour améliorer le sort de la classe ouvrière et élargir la représentation politique au sein de la population s’était intensifié dans la petite île Maurice.

Le 13 septembre 1943, un mouvement de grève sur la plantation sucrière de Belle-Vue Harel avait fait quatre morts, dont une femme, Anjalay Coopen, âgée de 32 ans et enceinte. Ce drame allait aussi accélérer le processus d’émancipation de la classe laborieuse.

En 1945, le gouverneur Mac Kenzie Kennedy prit en main toute la question de révision constitutionnelle. A cette époque, il y avait seulement 11 000 électeurs, sur une population de 419 000 habitants. Le gouverneur proposa un cens electoral plus satisfaisant pour la masse populaire, de l’ordre de 79 000 électeurs. Le secrétaire d’État accepta ses recommandations et une nouvelle constitution vit le jour en mars 1948. C’était une première étape dans la marche vers le suffrage universel, conformement aux idéaux des Travaillistes britanniques qui voulaient conduire les colonies vers l’autonomie. L’Inde et le Pakistan étaient d’ailleurs devenus indépendants un an plus tôt, en août 1947.

Aux élections de 1953, le Parti Travailliste (PTr), devenu la force majeure dans le paysage politique mauricien, confirma son statut en gagnant les élections. Puis, en 1958, la colonie fut dotée de 40 circonscriptions à siège unique, permettant à toutes les communautes d’être representées au conseil. Aux élections de mars 1959, les Travaillistes menés par le Dr Seewoosagur Ramgoolam, avec son allié le Comité d’Action Musulman (CAM), rafla 29 des 40 sièges. Ian Mc Leod, le secrétaire d’État britannique, dut ainsi se plier aux exigences d’un parti largement majoritaire et accorder le suffrage universel. Dans la foulée, il promit aux Mauriciens une conférence constitutionnelle. La voie vers l’indépendance commençait à se dessiner, d’autant plus que le processus de décolonisation en Afrique anglophone avait débuté au Ghana en 1957 et se poursuivit au Nigéria, au Sierra Leone, en Tanzanie, en Ouganda…

En 1961, le Professeur James E. Meade débarqua à Maurice dans le but d’évaluer la situation économique de la colonie, sur ordre de sa majesté. Son constat fut sévère, notamment par rapport à la croissance démographique et à l’urgence de diversification économique. La petite île Maurice entrait de plain pied dans le processus de décolonisation, les Britanniques se disposant à donner une certaine autonomie et, éventuellement, l’indépendance au pays.

En 1963, les élections se deroulèrent à nouveau suivant le même modèle, avec un élu pour chacune des 40 circonscriptions. Elles accouchèrent d’une coalition gouvernementale qui entama des discussions constitutionnelles avec le colonisateur. Les conférences constitutionnelles à Londres se succédèrent, en 1965, puis en 1966, traçant les lignes de la constitution et les contours économiques et sociaux d’une île Maurice qui se voyait déjà indépendante. Ainsi, en 1966, la Mauritius Broadcasting Corporation, station de télévision nationale, vit le jour. Puis en août 1967, ce fut au tour de la compagnie d’aviation Air Mauritius de prendre son envol.

L’année 1967 fut marquée par les élections qui allaient décider de l’indépendance et déterminer l’avenir de Maurice. Dès le 29 juillet, les partis politiques s’étaient succédé à la télévision pour présenter leurs programmes. A l’approche de l’échéance électorale, les esprits commencèrent à s’échauffer. Le 31 juillet, le bureau du commissaire de police publia un communiqué dans les journaux appelant les Mauriciens à respecter l’ordre et la paix publics…

Aux élections générales du 7 août 1967, le Parti de l’Indépendance, constitué du Parti Travailliste, du CAM et de l’independent Forward Bloc, fut opposé au Parti Mauricien Social-démocrate (PMSD) qui souhaitait une association avec la Grande-Bretagne. Le jour du scrutindes incidents isolés éclatèrent, plus violents dans la circonscription No 3 de Port-Louis. Ils firent un mort, un homme victime d’agresseurs qui l’avaient frappé à la tête. D’autres incidents éclatèrent à Port-Louis, provoqués par des individus armés de gourdins et de pierres, certains de sabres. Des maisons furent endommagées, et il fallut l’intervention de la Special Mobile Force (SMF) et de la Riot Unit.

Lorsque les urnes rendirent leur verdict, le Parti de l’Indépendance récolta 454 000 votes, issus principalement des campagnes. Son adversaire, recueillit 341 000 voix d’électeurs essentiellement urbains, notamment de Port-Louis. Le Parti de l’Indépendance enleva ainsi 39 des 62 sièges disponibles, obtenant du même coup l’indépendance de Maurice avec 55% des votes exprimés.

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