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The Great Experiment, transformation radicale de l’île Maurice au 19e siècle

L’immigration indienne à Maurice est indissociable de l’essor de l’industrie sucrière. Elle permit de pérenniser la croissance en assurant un remplacement essentiel à la main d’oeuvre servile d’origine africaine, libérée à partir de 1835. Mais elle changea aussi de façon drastique la configuration sociologique et économique de l’île.

C’est au 19e siècle que Maurice établit son statut d’île à sucre avec une avancée sans précédent dans ce domaine, probablement plus notable que celui que connurent les îles des Antilles. La surface cultivée en cannes à sucre passa ainsi de 9 000 arpents en 1810 à 51 000 en 1830. Il y avait 106 sucreries en 1820, 171 en 1827, puis 186 en 1836.

Au niveau des prix, l’augmentation fut tout aussi spectaculaire. En quelques années, il avait doublé sur le marché londonien, passant de 26 shillings les 100 livres en 1823, à 58 shillings en 1827. Le sucre mauricien jouissait d’une grande notoriété principalement parce qu’il était de meilleure qualité.

Un aussi bel élan ne pouvait être interrompue et malgré les progrès en terme de mécanisation des travaux dans les champs, l’industrie sucrière naissante restait tributaire d’une main d’oeuvre abondante, principalement servile. En 1835 l’abolition de l’esclavage entraîna l’émancipation de 66 600 esclaves (sur une population mauricienne de 101 400), desquels 34 000 environ étaient directement lies aux travaux agricoles. Avec l’abolition de l’esclavage, il fallait aux sucriers trouver au plus vite une solution alternative L’importation de main d’oeuvre avait parue inévitable. Mais d’où?

En 1829, déjà des sucriers avertis avaient tenté une première expérience. Ils avaient fait venir des coolies, ces travailleurs agricoles asiatiques non qualifiés et que l’on payait très peu. Le 1er avril de cette année-là, un premier contingent de 400 Chinois de Singapour et 500 Indiens de Madras débarqua à Port-Louis puis un deuxième contingent arriva au mois d’août suivant. Mais les Chinois ne purent s’adapter et la plupart furent rapidement renvoyés chez eux. Aussi lorsqu’il fallut trouver des remplaçants aux esclaves affranchis ce fut vers l’Inde que les propriétés sucrières se tournèrent. Le processus d’immigration indienne était enclenché.

Maurice fut la première île à sucre à appliquer le principe de l’engagisme, exploitation de la main d’oeuvre non qualifiée d’origine indienne à grande échelle. Les Britanniques appelèrent ce système The Great Experiment. Les Antilles l’introduisirent a partir de la fin des années 1840 à Trinidad et à partir de 1860 à la Jamaique, mais a échelle plus réduite. C’est à Maurice que les effets de l’engagisme furent les plus importants, changeant définitivement la configuration socio-économique de l’île.

En effet, pour la seule période de 1834 à 1838, la colonie accueillit 24 200 travailleurs immigrés en provenance de la Grande Pénonsule, dans leur immense majorité (97,5%). En 1846, ils étaient déjà la moitié de la population, soit 56 200 sur un total 102 200 habitants. En moins d’une génération, la population d’origine indienne allait largement dépasser la population générale, puisqu’en 1861 elle s’etablissait à 192 600 contre 115 800.

Cet afflux massif et subit provoqua des problèmes divers, notamment d’ordre sanitaire, avec la propagation de maladies tells que le cholera. Il modifia surtout profondément le profil démographique de Maurice, aux niveau ethnique, culturel et linguistique. Grâce à la tolérance dont faisait preuve l’administration britannique, les nouveaux arrivants jouissaient de la liberté de culte. Temples et mosquées commencèrent à fleurir aux quatre coins de l’île.
Grâce a cette main d’oeuvre abondante Maurice devint aussi un important producteur sucrier au sein de l’empire britannique. Durant la deuxième moitié du 19e siècle, les travailleurs engagés s’avérèrent un “investissement” essentiel. Dès 1858, Maurice produisait 7,5% du sucre mondial.

Venus avec des rêves de vie meilleure les immigrés indiens avaient probablement vite déchanté devant les difficultés de l’adapatation et la dureté des conditions de travail. Mais ils avaient permis de transformer l’économie de l’île.
Les échanges avec l’Inde, par exemple, s’accrurent considérablement. Le sucre mauricien s’y vendait bien et en retour la colonie importait du tissu, du riz. Les commerçants asiatiques affluèrent, en provenance du Gujerat ou de Canton.

Ce flux migratoire dura jusqu’en 1909. Les migrants venaient principalement du Bihar, de Mumbai, Calcutta et Chennai. Leurs conditions de vie et de travail sur les propriétés allaient rester difficiles pendant toute la deuxième moitié du 19e siècle, plus particulièrement les conditions de recrutement, l’écart disproportionné entre le nombre de recrues masculines et féminines. Il finit par connaître quelques améliorations au fil de plusieurs décennies de labeur dans les champs et de lutte pour l’émancipation.

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