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Le tour du monde de Malcolm de Chazal

Avant de décrire le monde il faut en connaître les pourtours. Très jeune, le grand écrivain mauricien a accompli un long voyage en Asie, dans le Pacifique et en Amérique où il a poursuivi des études en agronomie avant de rentrer au pays six ans plus tard en passant par l’Europe et le canal de Suez…

Cela fait 33 ans, le 1er octobre, depuis la disparition du plus grand écrivain et penseur mauricien. Malcolm de Chazal, né à Vacoas le 12 septembre 1902 est mort à Curepipe un 1er octobre 1981 dans une sorte d’anonymat délibérément entretenu par un milieu social dans lequel il évoluait voluptueusement à contre-courant.

De Malcolm de Chazal, les Mauriciens disaient souvent de son vivant qu’il était fou ou original, sans le prendre au sérieux. Poète, peintre, philosophe et mystique, il a laissé une oeuvre abondante qui est largement méconnue. Publié en France, encensé dans un premier temps par André Breton et les surréalistes, puis finalement renié par eux, il a toujours refusé d’être catégorisé.Largement provocateur, il s’est rebellé très tôt contre l’oligarchie sucrière dont il faisait partie, à la fois comme employé mais aussi parce qu’il était issu du même milieu que les barons sucriers. Sa vision poétique du monde était très empreinte de mysticisme et certainement influencée par la formation reçue à l’Église de la Nouvelle Jérusalem qui suit les principes de la pensée swedenborgienne.

Mais si le milieu social, la formation spiritiuelle ont forgé les contours de sa personnalité, comme tout grand écrivain, l’acte fondateur qui jette les bases de sa pensée, lui donne un sens et une direction, est ce grand voyage qu’il accomplit alors qu’il était encore un très jeune homme.

En 1918, Malcolm de Chazal a seize ans. La Première Guerre Mondiale vient de s’achever. Au même moment son frère aîné, Lucien, termine ses examens au Collège Royal de Curepipe, bon pour des études à l’étranger. Mais le père de Chazal, Edgar, ne veut pas laisser partir l’aîné seul. Malcolm, pourtant destiné à une brillante scolarité, devra accompagner Lucien.

A cette époque, l’élite mauricienne opte pour les universités anglaises ou françaises. Certains choisissent même les Etats-Unis et la Louisiane avec laquelle l’île Maurice a un point en commun: la culture de la canne à sucre. C’est donc vers Bâton-Rouge en Louisiane que les deux frères vont se diriger. Mais en cette période d’immédiat après-guerre, le trafic maritime est encore très perturbé. Ils devront finalement attendre juillet 1919 pour s’embarquer vers l’Amérique à bord d’un ancien navire de guerre reconverti en paquebot.

Leur voyage pourrait ressembler à un périple de Jules Verne ou à une aventure de Joseph Conrad, les péripéties en moins. Car en quittant Port-Louis les deux jeunes gens entament une traversée qui va les mener, d’ouest en est et pendant plus de neuf semaines, des berges de l’Orient millénaire vers les ravages de l’Occident triomphant.

Ils traversent d’abord tout l’océan Indien, longent la péninsule du Dekkan, vers Madras et le Tamil Nadu. Puis ils empruntent le détroit de Malacca contournant le golfe de Thaïlande pour passer par Kuala Lumpur puis Singapour et gagner Saïgon dans le delta du Mékong, avant de s’enfoncer en Mer de Chine. Ensuite ce sera le Japon et l’océan Pacifique, dont l’immensité accompagne les voyageurs jusqu’aux îles Hawaï.. Ils touchent le continent américain à Vancouver, grand port de l’ouest canadien, au début du mois de septembre et de l’automne canadien. Ils effectuent la dernière partie de leur périple en train, d’ouest en est, à travers les Rocheuses puis l’immensité des prairies pour rallier New York avant d’atteindre, finalement, Baton Rouge en Louisiane, sur les rives du Mississippi au début du mois d’octobre 1919.

Malcolm et Lucien entament leurs nouvelles vies de collégien et d’étudiant à l’Université d’Audubon. Malcolm y passera six ans. Logé chez une famille de confession swedenborgienne, il partage la même chambre, le même lit que Lucien. A l’université, il étudie les techniques de l’industrie sucrière. Elève brillant, Malcolm n’en est pas moins un joyeux drille. Il intègre l’orchestre de l’université à partir de 1923, puis la chorale, avec laquelle il va effectuer une tournée triomphale qui le mènera dans les villes de Brusly, Port Allen, Hammond, Amite et Bogolusa. Il participe aussi régulièrement aux bals des étudiants, dans la chaleur moite des soirées de Louisiane.

En 1924, aux portes de la licence, Malcolm a changé. Il arbore un fine moustache et fait preuve d’une plus grande assurance. La solide formation dispensée à Audubon en a fait un spécialiste de la canne. Il obtient son diplôme d’ingénieur agronome, spécialisé en technologie sucrière. Mais la lourde machinerie de l’école et du monde sucrier le pèsent et une âme poétique s’éveille en lui.

Après avoir travaillé quelques mois à Philadelphie, il se rend aux Antilles puis à Cuba, où il participe à la saison de coupe. Au milieu de l’année 1925, Malcolm quitte Cuba pour se rendre à Bordeaux, en France. De là, il rejoint Paris où il loge chez son oncle, Boulevard Malesherbes. Le 15 octobre il embarque à Marseille à bord d’un paquebot des Messageries Maritimes pour rentrer sur son île natale, via le Canal de Suez.

Parti à l’adolescence Malcolm de Chazal revient dans son île à l’âge adulte, vraisemblablement changé Il est en effet un fier jeune homme de 23 ans, diplômé de la meilleure université agronome du monde, ayant accompli, de surcroit, un tour du monde complet. Sa soif de connaissance est intarissable, sa curiosité du monde est illimitée, son éloquence surprend son entourage. Et s’il ne s’est pas encore consacré à l’écriture c’est qu’il est encore trop occupé à dévorer la vie.

Beaucoup plus qu’un périple, ce tour du monde qui fut au départ un exil forcé, a de toute évidence considérablement marqué un homme dont l’oeuvre est essentiellement basée sur l’expérience des choses et des êtres.

Sources – Malcolm de Chazal, quelques aspects de l’homme et de son oeuvre – Laurent Beaufils (Ed. De la Différence)

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