2024, année électorale (I) Devoir choisir

Par Thierry Chateau

A la veille du Nouvel an, Histoires Mauriciennes vous invite à vous projeter, une fois n’est pas coutume, non pas dans le passé mais dans l’avenir. L’été prochain, à la fin de 2024, des élections législatives décideront de l’avenir de notre petit pays. Sachons-nous y préparer.

Tandis que les nuages s’amoncellent sur l’ile Maurice, en ce 31 décembre 2023, les premiers jours de 2024 s’annoncent pluvieux avec un risque cyclonique. Mais même si les conditions météo sont un facteur déterminant de notre humeur ou de notre quotidien, voire de notre sécurité, il ne s’agira pas au fil de ces lignes et de celles qui suivront de soliloquer sur le temps qu’il va faire. Non, nous ne ferons pas de la prévision,  je vous encouragerais plutôt à réfléchir, à évaluer et à faire des choix.

2024 sera une année électorale. Ce sera une occasion unique pour nous, citoyens, de peser de tout notre poids, sur la destinée de notre Petit Pays.

Mais avant de le faire, avant d’arriver au jour J du choix dans l’intimité de l’isoloir, il y a un long chemin à parcourir jalonné d’interrogations et d’indécision, mais le long duquel nous pouvons aussi avancer armés de nos convictions. Et au final, la décision pourrait ne pas être celle à laquelle nous nous étions préparés… Rien de tel qu’une bonne dose de réflexion pour réussir ce parcours.

D’abord un constat : où en est-il ce paradis perdu au milieu de l’océan, ce petit pays dans le concert des Nations, terre de brassage et d’opportunités ; où en sommes-nous, peuple d’immigrés venus de trois continents, un pied en Afrique, un autre en Asie et le regard tourné vers l’Occident ? Que voulons pour notre pays, nos familles, pour nous-mêmes ? Sommes-nous maîtres de notre destin, ou agissons nous comme des moutons de Panurge, des marionnettes qui n’ont  d’autre choix que celui de suivre les directives et de subir les caprices d’obscurs chefs d’orchestre ?

Pour agir sur l’avenir, il faut bien connaître le passé, car, comme le disait Nicolas Machiavel, « les événements de ce monde ont en tout temps des liens aux temps qui les ont précédés. Créés par les hommes animés des mêmes passions, ces événements doivent nécessairement avoir les mêmes résultats ». Alors, pour agir sur notre avenir, il s’agit de bien comprendre pourquoi et comment nous en sommes arrivés là où nous sommes aujourd’hui. Sachons tirer les leçons de ce qui s’est passé et agissons dans le présent.

Ou en serons-nous dans un an, en 2024 ou dans 100 ans, en 2124? Où en étions-nous en 1924? En 1824, en 1724? L’histoire a cela de fondamental qu’elle nous ouvre la voie. En 1724 quelques colons courageux et de valeureux esclaves posèrent des jalons ; en 1824 des planteurs volontaires et une administration intelligente donnèrent une direction ; en 1924 des descendants de coolies et des gens de couleur surent militer pour leurs droits et ceux de leurs compatriotes. Tous, à leur époque, à leur façon, forcèrent le destin, forgèrent l’avenir de cette île, de ce Petit pays que nous aimons tant, comme dirait Cesaria Evora.

Petit pays, je t’aime beaucoup, mais pourrais-je influer sur ton avenir. Pouvons-nous influencer notre destinée? Oui nous le pouvons. Ensemble, nous le pouvons. A condition de faire preuve de clairvoyance, de volonté, d’abnégation ; de prendre nos responsabilités, de faire les bons choix ; de choisir, et non pas de subir.

Et en cela, j’aimerais suivre l’exemple d’Edgar Morin, philosophe, citoyen du monde centenaire, qui est toujours en mode réflexion, expression et partage, qui ose encore, au crépuscule de sa vie, vouloir guider ses concitoyens, les alerter sur l’œuvre perfide et fatale des mauvaises habitudes sociales… Dieu sait combien elles sont insidieuses dans nos sociétés. Il y en a eu de bonnes il faut le reconnaître, souvent issues des mouvements politiques. Dans le cas de Maurice, je citerais celles des années 30, ou des années 70, lorsque l’unité avait un sens que la lutte pour l’émancipation transcendait les races, que la défense des libertés fondamentales relevait du devoir…

Edgar Morin nous dit : « orientons nous vers les bonnes habitudes ». Quelles sont-elles, me direz-vous. Si vous ne le savez pas encore, si vous êtes dans la confusion la plus totale, jetez un coup d’œil par-dessus votre épaule, prenez de la hauteur, interrogez…

Demain, une année s’ouvre devant nous. Dans un an – plus ou moins, selon l’humeur et les désirs des princes –  il faudra choisir. Sachons le faire. Choisir c’est notre devoir. Mais plus que qui choisir, quoi choisir?

Je vous invite à un compte à rebours actif vers le dénouement qui sera le résultat d’une réflexion, d’une évaluation et au final votre choix sera celui d’hommes et de femmes jeunes et moins jeunes, qui auront pris leur destin en main en ayant pu s’émanciper d’un système qui broie les consciences telle une machine infernale.

Devoir, choisir… D’autres l’ont fait avant nous. Pourquoi pas nous ? Je vous donne rendez-vous au fil des semaines et des mois qui arrivent pour qu’au final nous prenions notre responsabilité en faisant notre devoir, notre choix.

Sachons le faire avec clairvoyance et osons peser sur la destinée de son pays. En votant le moment venu ? Assurément. Mais surtout en s’engageant. En nous interrogeant, de prime abord, sur les raisons de notre engagement.

Sommes-nous en faveur du libéralisme ou de la solidarité, libéralisme économique et solidarité sont-ils compatibles ? Sommes-nous des adeptes du traditionalisme à condition qu’il soit ouvert à la modernité, comment concilier traditions et modernité dans une île Maurice attachée à ses racines ? Pratiquons-nous la Tolérance et la spiritualité par opposition à la religiosité et à la bigoterie ?

Si je suis sûr de mes convictions, de ce en quoi je crois, je dois le clamer haut et fort. Je suis en faveur de l’égalité institutionnalisée et de la justice sociale ; défenseur d’un Etat de droit, militant de la créolité, à condition qu’elle intègre l’indianité ce qui lui permettra d’accoucher naturellement du mauricianisme…

Plus  concrètement je souhaiterais à mes concitoyens, en cette année 2024, de ne pas céder aux leurres et de prendre conscience des vrais défis à relever : ils sont plus environnementaux, culturels, sociaux, humains qu’uniquement économiques, énergétiques ou technologies, et encore moins communautaristes et castéistes.

Pour administrer notre pays, il nous faut des institutions indépendantes et solides, une démocratie régionale et des administrations municipales afin que nos villes puissent aspirer à plus d’autonomie. Nous devons utiliser l’Intelligence artificielle sans en abuser, être conscient du vieillissement de la population et savoir inverser la tendance. Ou alors s’adapter à la New Normal…

Quelle place tient notre pays dans le monde ? Quelle est la place de notre pays dans sa région, sur le continent, avec les pays amis, dans le monde ? Nous avons le droit de faire valoir notre point de vue.

Comment redonner goût et espoir à nos jeunes, quel avenir pour la jeunesse, quelles carrières, quels métiers, quels modèles lui proposer ? Comment redonner envie aux jeunes Rodriguais de revenir dans leur île et de la développer ? Comment redonner envie aux Mauriciens d’ailleurs de revenir dans leur pays ou de contribuer à son épanouissement ?

Ce sont là, pêle-mêle quelques pistes de réflexions, quelques avenues sur lesquelles nous pouvons nous engager. Il y en a d’autres, beaucoup d’autres. Ce que je souhaite pour mon pays c’est qu’il soit une île plus verte, plus propre, plus bleue, plus égalitaire, plus sûre, plus riche, plus abondante, plus moderne, afin qu’un maximum de nos compatriotes vive dans le confort, la sécurité, l’égalité, bref, dans le bonheur… Mais cela c’est tout un programme et je doute que ceux qui veulent nous gouverner soient tous capables de le mettre en pratique.

Alors, citoyens, libérons-nous, 2024 sera cruciale.

À suivre …

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