2024, année électorale (II) Compte à rebours

Par Thierry Chateau

L’été prochain, à la fin de 2024, si tout se passe bien, des élections législatives décideront de l’avenir de notre petit pays. Histoires Mauriciennes vous invite à vous y préparer de façon active et réfléchie.

Le compte à rebours a commencé… Que les princes du moment le veuillent ou non, 2024 est placée sous le signe de l’échéance. Fin de mandat ou fin de cycle, cette année sera caractérisée par le renouvellement ou le changement. Mais en aucun cas elle ne doit être une année comme les autres, pour nous Mauriciens, citoyens de tous bords. Car nous devrons non seulement choisir, c’est notre devoir, mais au dela du choix d’une personne, d’une équipe, il nous faudra avoir un objectif, nous fixer un but.

Ce compte à rebours qui a commencé doit sonner le réveil de nos consciences et susciter l’intervention de nos intelligences. Le moment le plus important ne sera pas celui du décompte final. Ce qui importe le plus c’est le parcours que nous effectuons pour faire le bon choix, adopter les bonnes habitudes, rejeter les faussetés, repousser les mauvaises habitudes. Au final, le choix devra être celui d’hommes et de femmes qui auront pris leur destin en main en faisant un pied de nez à ce système qui broie les consciences et pervertit les mentalités.

Pouvoir une bonne administration à notre pays, implique une véritable démocratie qui provienne de la base. Les politiciens ne peuvent monopoliser le débat public sous prétexte qu’ils sont appelés à nous gouverner. A nous, citoyens, de nous ériger en une force de proposition qui compte, qui soit le point de départ d’une véritable révolution des pensées, des moeurs et qui permette de mettre en place une organisation optimale de la vie publique .

Car au dela du slogan creux du « changement pe vini » ou de la volonte de faire table rase, du « bour li deor« , c’est d’une évolution dont nous avons besoin. Maurice, d’abord escale de navigateurs, puis comptoir de la Mer des Indes, île à sucre, paradis touristique et aujourd’hui hâvre pour milliardaires, a déjà accompli un sacré chemin faisant désormais figure de modèle sur un continent au large duquel il continue de naviguer au gré des courants de la Mer indienne. Le pays ne doit cependant pas perdre son cap et s’aventurer dans des eaux tumultueuses, ce qui malheureusement pourrait bien se produire lorsqu’on prend conscience de la situation actuelle. Où en sommes nous en ce début de 2024?

Le gouvernement en place a su hypnotiser une grande partie de la population avec des mesures et des réalisations cosmétiques. Je pense notamment à la surenchère autour de la BRP, à l’introduction du Metro express qui défigure le paysage urbain ou encore à ces mesures de soutien financier aux familles annoncées depuis le Budget 2023-24, qui se poursuivent mais qui ne résolvent les problèmes de base liés au surendettement des ménages. Entretemps, il a réussi à consolider ses relations avec le secteur privé, notamment dans les domaines du développement immobilier et du tourisme, dans une formule éminemment matérialiste. Ensuite, il a surtout instauré un climat de favoritisme et de passe-droit en approfondissant le clientélisme et le lobbyisme, comme cela ne s’était jamais vu auparavant. Enfin, il a entamé un virage vers l’autocratie en affaiblissant les institutions avec la mise en place de mesures délationistes.

Quoiqu’il en soit, il y a des milliers de Mauriciens qui profitent de ce climat délétère en se frottant les mains, certains tranquilement dans leur coin, d’autres au vu et au su de tout le reste de la population avec l’arrogance et la suffisance de ceux qui se savent protégés et qui jouissent de cette connivence. Sont-ils les plus nombreux ? En écoutant ce qui se dit autour de moi, j’en doute fort.

Quoi faire ? Est-il possible de renverser cette tendance? Si l’on s’y oppose, si l’on considère qu’elle est indigne de ce que mérite notre pays et ses citoyens, qu’elle est une menace pour l’avenir commun et le vivre ensemble, eh bien oui, il est alors possible de s’y opposer. Et pas seulement en adhérant aux propositions des oppositions parlementaires et extraparlementaires qui, dans le même paysage politique, dans la même veine idéologique, font leur cinema.

Les trois partis de l’opposition parlementaire ont trouvé un modus operandi et un accord en prévision des prochaines échéances électorales. Pour tenter de gagner les prochaines élections. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : la (ou les) alliance(s) de l’opposition veut (ou veulent) se présenter aux yeux de l’électorat comme une alternative pour prendre le pouvoir.

C’est uniquement dans ce but, qu’ils préparent un programme. Louable initiative. Nécessaire exercice. C’est le but : proposer pour gagner. Gagner des voix, gagner une adhésion, gagner les élections pour pouvoir ENSUITE, exécuter le programme, changer les choses. Gouverner.

Que vont-ils tous, tous ces opposants, bien pouvoir chanter aux électeurs ? Déjà convaincus du fait que cette idée romantique d’élaborer un programme avec des idées fortes, visionnaires ne fait absolument pas recette dans le contexte, l’opposition parlementaire est sortie du bois en ce début d’année en promettant une hausse du BRP. Or, le montant de plus en plus élevé du BRP, devient insoutenable pour les finances publiques, d’autant plus que nous sommes entrés dans un cycle infernal du vieillissement de la population.

Pourquoi ne pas plutôt parler de la ré-introduction du permis à point pour sécuriser nos routes? Ou du fait qu’il faille revoir le mode de recrutement dans la fonction publique, dans la police, les hôpitaux ? Dire qu’il faut aussi accentuer la transition énergétique vers le Vert, encourager un retour à la plantation, mieux exploiter notre océan et ne pas abandonner Agalega aux militaires indiens… Bref, les idées ne manquent pas et je suis sûr que les « kamarad » en ont, eux aussi, plein leur besace. Mais ils préfèrent mettre en vente des produits qui leur permettront de repondre a la demagogie de ceux d’en face. C’est moins risqué…

Qui voudra bien gouverner dans le but de changer les choses ? Qui va tenter d’apporter de vrais changements dans les mentalités, d’introduire une vraie réforme des institutions, de proposer un programme de partage équitable des richesses, d’offrir une chance égale à tous les Mauriciens d’accéder à de bons postes, de promettre un avenir brillant à nos jeunes, d’introduire un système de santé plus performant, de lutter contre les ravages que fait le commerce des drogues, de positionner Maurice comme un Petit état océanique souverain qui ne soit inféodé ni aux Etats impérialistes ni aux multinationales ultra-libérales?

Malheureusement pour notre pays, que ce soit dans le cas de la majorité gouvernementale ou pour toute l’opposition, il n’y a que les mêmes recettes qui font les mêmes plats pour exciter les papilles du bon peuple de Maurice. Seuls les kwizinie sont différents.

D’après le philosophe Jean-Jacques Rousseau la politique est fondamentalement une conséquence de la dégradation d’un état originel de bonheur et d’égalité. Lorsque l’on voit ce que les hommes en ont fait, il y aurait en effet de quoi désesperer. Mais en bons anglophones que nous sommes sachons faire la différence entre « politics » et « policy ». Entre guerre de pouvoir, compétition pour diriger et conduite d’actions organisées, sociales, volontaires, efficaces. Puisqu’on veut transformer les élections en une vaste « Commedia dell’arte », que les politiciens nous considèrent comme leur clients, alors rappelons leur, tout au long de cette année, que nous sommes capables de choisir. Car dans un tel schéma mercantiliste, n’est-pas le client qui est roi?…

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