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400 ans de commerce maritime aux Mascareignes

Depuis qu’elles sont apparues sur les cartes des navigateurs portugais il y a plus de 500 ans, les échanges maritimes ont toujours été au cœur du développement des îles du sud-ouest de l’océan Indien. Cet article a été réalisé en collaboration avec notre partenaire le Journal des Archipels, www.lejournaldesarchipels.com.

Lorsque le navigateur portugais Vasco de Gama et sa flottille firent route vers les Indes en 1498, ils passèrent par le Cap de Bonne Espérance, ouvrant ainsi l’océan Indien et les routes commerciales aux navires en provenance d’Europe, dans cette région encore quasiment inexplorée.

Les Portugais furent ainsi les premiers Européens à fouler le sol de Madagascar, qu’ils appelèrent São Lourenço. Les trois îles des Mascareignes, en référence à l’un de ces navigateurs portugais, Pedro Mascarenhas, apparurent sur le planisphère des découvertes portugaises en 1502. C’est ainsi que Maurice, La Réunion et Rodrigues virent le jour aux yeux des navigateurs européens…

Mais bien avant les Portugais, des navigateurs arabes s’aventuraient déjà dans le sud-ouest de l’océan Indien, probablement dès le 12e siècle. Même s’ils pratiquaient le cabotage et étaient plus familiers du littoral d’Afrique de l’est, les marins et marchands arabes n’hésitaient pas à affronter les conditions difficiles de l’océan Indien. C’est ainsi que les îles Mascareignes portèrent d’abord les noms arabes de Dina Arobi (Maurice), Dina Margabin (La Réunion) et Dina Moraze (Rodrigues).

Qu’elles fussent un simple refuge pour des navires pris dans la tourmente ou une étape éphémère sur la nouvelle route des Indes, les îles du sud-ouest de l’océan Indien ne s’ouvrirent vraiment à la navigation qu’à partir du 17e siècle. Les Hollandais s’installèrent à Maurice, les Français créèrent Fort Dauphin à Madagascar et établirent une base à La Réunion.

A partir de cette époque, le commerce et le trafic maritime dans le sud-ouest de l’océan Indien allait être dominé, successivement, par trois conglomérats européens, les Compagnies des Indes britannique, néerlandaise et française. Elles allaient être les fers de lance de la pénétration européenne en Asie et les piliers d’un vaste empire colonial.

Un élément allait prédominer dans les échanges maritimes au sein de cet ensemble indianocéanique pendant toute la période coloniale : il s’agit de la traite des esclaves. C’est Madagascar qui devint le lieu de prédilection pour la traite dans l’océan Indien… Les lieux connus à Madagascar comme points de traite, mais aussi pour le commerce de zébu ou de riz étaient, entre autres, Majunga, Tuléar, Fort Dauphin, ou encore Foulpointe. La traite négrière allait se poursuivre durant tout le 18e siècle et toute la première moitié du 19e siècle et jusqu’en 1848 lorsque l’esclavage fut aboli à La Réunion.

Au 18e siècle, le destin des îles allait se trouver lié à celui de la Compagnie des Indes française qui administrait Maurice et La Réunion. Dans les années 1740, sous l’impulsion du gouverneur Labourdonnais l’entreposage, la construction navale avaient pris forme à Maurice. La Reunion se mit à produire du café de Moka et à en exporter. Dans l’océan Indien, les explorations se multipliaient, notamment vers les archipels du nord, les Chagos, mais surtout les Seychelles. Beaucoup de bateaux continuaient de transiter par le sud-ouest de l’océan Indien, en route vers les Indes, l’Asie et l’Australie.

La guerre de Sept ans (qui opposa, de 1756 à 1763, la France à la Grande-Bretagne), provoqua cependant une baisse considérable du commerce dans les îles de l’océan Indien. Les profits de la Compagnie chutèrent drastiquement ce qui incita le gouvernement royal à suspendre son monopole et à reprendre le contrôle des Mascareignes en 1764.

Au moment de la Guerre d’Indépendance des États-Unis, la France signa avec les colonies américaines un traité d’amitié ce qui officialisa les échanges avec Madagascar et Maurice. Port-Louis, décrété port franc, constitua pour les Américains un entrepôt de produits des Indes qui permettait d’abréger la longue navigation entre l’Amérique et l’Asie. Les Américains achetaient aussi les prises des corsaires français pratiquant la guerre de course contre les Anglais et le commerce prospérait. Mais lorsque les corsaires se mirent à déserter peu à peu l’océan Indien pour une retraite dorée en France, les Mascareignes se retrouvèrent sans défense et tombèrent aux mains des Anglais en 1810.

A Maurice, la nouvelle administration britannique décida de développer la culture de la canne à sucre. La Réunion, que les Anglais avaient rendue à la France, abandonna la culture du café au profit de la canne à sucre, elle aussi. Les deux colonies devinrent ainsi des îles à sucre produisant d’importants volumes pour l’exportation. Pour Madagascar, il s’agissait de tirer un trait sur la traite des esclaves avec Maurice puisque le nouveau gouvernement britannique avait interdit cette activité, la remplaçant par l’importation de bétail et de produits agricoles.

A la fin de l’année 1869, l’ouverture du canal de Suez créa un bouleversement pour les îles de l’océan Indien qui ne jouissaient plus du statut d’escales entre l’Europe et l’Asie. Mais elles se retrouvaient, du coup, beaucoup plus proches de l’Europe grâce aux effets combinés de l’ouverture du canal et de la navigation à vapeur. Des services maritimes se mirent en place vers l’Europe et l’Asie.

A La Réunion, le développement des échanges commerciaux et la production de sucre rendirent  nécessaire la construction d’un port car l’accueil des bateaux se faisait au moyen de ponts avancés en mer. Le port de Pointe des Galets vit ainsi le jour en 1872.

Madagascar continua de fournir les îles, surtout Maurice, en produits alimentaires tout en constituant un important débouché pour les commerçants mauriciens et réunionnais. De nombreux voiliers et navires à vapeur assuraient le transport du riz, du bétail ou de produits d’artisanat dont Madagascar était un  grand producteur.

Au début du 20e siècle, les sociétés maritimes s’étaient structurées et le commerce inter-îles s’était développé, malgré l’avènement de l’aviation commerciale après la Seconde guerre mondiale. Les infrastructures portuaires bénéficiant du formidable élan d’après-guerre, furent modernisées, les capacités de stockage et d’entreposage furent améliorées.

Tamatave, devenu un véritable port de commerce en 1935, s’affirma comme premier port de Madagascar. Après l’indépendance de Maurice, Port-Louis devint le centre névralgique de toute l’économie mauricienne. Les Seychelles firent leur entrée dans le ballet maritime du sud-ouest de l’océan Indien avec la construction du port de Victoria en 1972. A La Réunion, un nouveau port en baie de la Possession fut créé, appelé Port Est.

Durant les décennies 1990 et 2000, les activités portuaires se sont intensifiées dans le sud-ouest de l’océan Indien avec notamment les activités de transbordement. Port-Louis a retrouvé son statut de port franc et a intensifié ses opérations de transformation de poisson, autour d’un nouveau secteur d’activité, le seafood hub. A Madagascar, Fort Dauphin a accueilli un port en 2006, grâce à des investissements étrangers. Et Port Est à La Réunion a été considérablement agrandi.

Depuis leur découverte par les Arabes et les premières colonisations, les petites îles du sud-ouest de l’océan Indien ont fait du chemin. Fortes d’une riche histoire rythmée par les échanges, les îles du sud-ouest de l’océan Indien et leur grande voisine sont fermement déterminées à garder leur statut d’escales de choix sur l’échiquier du commerce maritime international.

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