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Histoire(s) de la maison traditionnelle mauricienne

Au fil des siècles, les maisons traditionnelles mauriciennes ont subi plusieurs influences mais elles ont su s’adapter au contexte local. Tombée en désuétude, l’architecture traditionnelle subsiste à travers quelques belles demeures transformées en attractions touristiques. En collaboration avec le Journal des Archipels, Histoire(s) Mauricienne(s), raconte l’histoire de la maison mauricienne.

A l’origine, les habitats étaient souvent précaires, recouverts de feuilles de palme que l’on trouvait en abondance dans l’île, du temps des Hollandais (17e siècle), puis au début de l’administration française (18e siècle). Les bâtiments administratifs étaient en pierre. « L’architecture résidentielle débute avec l’arrivée des Français. Ils se sont inspirés des maisons françaises avec plus de fenêtres que de portes », indique l’architecte Henriette Valentin, spécialiste de l’histoire de l’architecture traditionnelle mauricienne. Cela a donné de grandes demeures comme, par exemple, la Maison de Robillard à Mahébourg, devenue le Musée naval.

Ce qui distingue cette architecture, ce sont les murs en pierre, des toitures en pente, des lucarnes servant à la ventilation. A Port-Louis, les maisons bourgeoises étaient concentrées aux rues Saint Georges et Edith Cavell, et autour de l’Hôtel du gouvernement. Elles n’étaient pas toutes en pierres mais également en bois, avec une cour plantée d’arbres fruitiers à l’entrée menant à la maison. La cuisine était séparée de l’habitation. Les cuisines étaient en général en pierres, contrairement à l’habitation, située à une petite distance de la maison pour éviter les risques d’incendie. Au fond de la cour, il y avait un bâtiment à un seul niveau qui comprenait les logements des domestiques.

La maison traditionnelle mauricienne privilégie le bois. Seul le soubassement est en pierres. Au fil des décennies, des couloirs, qui existaient dans les écoles et les hôpitaux, mais pas dans les maisons où les pièces étaient en enfilade, ont fini par s’imposer. Cette architecture s’est aussi très vite adaptée aux réalités locales, caractérisées par la chaleur et la pluviosité, tout d’abord avec la venue de la véranda entourant tout le corps de logis, dont l’une des représentations les plus parlantes aujourd’hui est la Maison Eurêka, à Moka. La véranda court d’abord sur un seul côté du bâtiment, avant de s’ouvrir, sur deux côtés, puis tout autour du bâtiment.

La véranda s’est inventée un peu partout, durant la période coloniale, prenant la forme du patio espagnol ou de l’hacienda mexicaine. Des bâtisseurs se trouvant aux antipodes de la planète, ayant les mêmes origines, étaient confrontés aux mêmes climats et aux situations socio-économiques similaires. La véranda devient varangue à Maurice, un mot qui vient d’un terme de marine à voile. Dans les maisons mauriciennes, la varangue s’ouvre sur un jardin ou un parc.

Les maisons se sont ainsi adaptées au climat tropical et l’architecture a évolué tout au long du 19e siècle, en fonction du climat et des matériaux disponibles sur place, surtout le bois. Ce qui a contribué à dilapider les forêts !… « Les bons bois mauriciens étaient très durs mais devaient subir les assauts des cyclones, l’appétit des termites et les aléas des incendies », précise Henriette Valentin.

Durant la colonisation, les artisans tailleurs de pierre ou charpentiers de marine, venaient de Bretagne, plus particulièrement de la région de Saint-Malo. Sont venus s’ajouter à eux des artisans libres tamouls de Pondichéry, alors comptoir français, et les esclaves. Ceux-ci, simples manœuvres sur les chantiers au départ, apprennent plusieurs métiers au contact des Français et des Tamouls. Après l’abolition de l’esclavage, ce seront eux les principaux ouvriers du bâtiment.

Les principaux matériaux ont d’abord été la pierre et le bois, même pour le sol. Pour ce dernier, les habitants ont opté pour le « chalis » rouge, mélange de ciment et de fer. La cire rouge a perpétué cette tradition jusqu’à nos jours… Au début du 20e siècle, les « campements », bungalows en bord de mer, font leur apparition. Faits de ravenale et de paille, ils constituent un autre aspect de l’architecture traditionnelle mauricienne et s’inspirent aux aussi de ce qui se fait ailleurs. « Il n’y a rien de plus écologique ! On doit construire en fonction du climat et optimiser ce que l’on a à sa disposition », insiste Henriette Valentin.

Au 20e siècle, l’utilisation de l’acier dans le bâtiment et l’invention du ciment Portland et du béton armé, ont changé radicalement l’aspect et l’agencement de l’habitat mauricien. Cela a commencé avec la période du «tout-béton» vers 1930. Des métiers tels que la charpenterie et la taille de la pierre, le chaume, la ferronnerie, la verrerie ont bien failli disparaître. La tendance s’est renforcée après le passage du terrifiant cyclone Carol qui a dévasté Maurice au début de l’année 1960.

La peur des cyclones, couplée à l’introduction du parpaing ont fait que, sous l’influence d’un style international et du désir de modernité, le béton est devenu, à partir des années 60, la norme absolue au détriment de la maison traditionnelle. Tombée complètement en désuétude, celle-ci subsiste encore dans quelques villes ou régions rurales. Entretenues à grands frais, certaines d’entre elles (à Mapou, Bel-Ombre, St Aubin ou Forest-Side) ont été rénovées et transformées afin de devenir des attractions touristiques.

Aujourd’hui, l’architecture locale peut se targuer de quelques belles réalisations, notamment les hôtels de plage. Les plus récentes ont adopté le principe « green by design ». « Le désir ou le besoin de modernité est compréhensible mais celle-ci doit être appropriée », plaide Henriette Valentin. L’équation est simple et même obligatoire : isolation et ventilation. Mais il faut travailler avec les contraintes et utiliser les espaces disponibles. Les enjeux sont aussi de créer des villes vertes avec des bâtiments dont les couleurs n’attirent pas la chaleur et dotés de jardins. Car la végétation est très importante pour le bâtiment.

Pour Henriette Valentin, assurer la pérennité des bâtiments mauriciens dépend de l’investissement que l’on fait dans leur entretien. « C’est la même chose dans le cas de l’humain et de l’attention qu’il porte à sa santé », insiste l’architecte. Or les bâtiments mauriciens sont en général mal entretenus. Un bâtiment, qu’il soit vieux ou neuf, a une vie. Et plus il est entretenu, plus il durera longtemps.

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