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Histoire(s) des cyclones : aux 17e et 18e siècles

Aussi longtemps que la mémoire puisse remonter, la plus grande crainte des Mauriciens a toujours été le passage d’un cyclone. Frappant entre décembre et mai, la période de la saison cyclonique, ils aplatissent les plantations, détruisent les habitations et laissent l’île à genou. Aux 17e et 18e siècles l’île étant moins peuplée, les infrastructures peu développées, les principaux dégâts concernaient les plantations mais surtout les navires, provoquant de terribles naufrages.

Les récits de capitaines de vaisseaux abondent, faisant état de ravages considérables causés par les vagues et le vent. C’est d’ailleurs probablement sous ces effets combinés que l’île fut découverte accidentellement par les premiers navigateurs arabes et fut par la suite visitée par les Portugais. Ce sont d’ailleurs les comptes rendus des marins qui donnent des indications plus ou moins précises sur le passage des cyclones à Maurice. L’un des premiers à être répertorié fut celui qui frappa le 6 mars 1615. Qualifié de “tempête”, il provoqua le naufrage de la flottille du Gouverneur Général de Batavia, Pieter Both, au large d’Albion, sur la côte ouest.

Sous l’administration de Pieter de Gooyer, premier Gouverneur de Maurice de 1638 à1639, l’île fut grandement mise à mal par les cyclones. Les gouverneurs hollandaise suivants n’eurent pas plus de chance et l’île fut abandonnée un première fois en 1658 avant de faire l’objet d’une seconde tentative en 1664. En 1668, un cyclone, qualifié d’ouragan par les colons hollandais, frappa l’île, détruisant à nouveau les plantations.

Durant toute l’occupation hollandaise, le passage fréquent des cyclones et leurs conséquences fut, avec la menace des pirates, les raids des Marrons et l’invasion des rongeurs, l’une des causes principales qui poussèrent les Hollandais à abandonner l’île. Les plus violents furent ceux de 1674, 1689, 1695, 1698 et 1702. En 1706, la Verenigde Oost-indische Companie (VOC), lasse des dommages causés par les calamités naturelles, prit la décision d’évacuer la colonie.

Après leur installation à partir de 1721, les Français eurent eux aussi à endurer les assauts des éléments… Le 23 décembre 1727, un violent cyclone s’abattit sur Port-Louis. A cette époque les constructions étaient en bois recouvertes de feuilles de latanier. Le cyclone détruisit le magasin de la Compagnie des Indes, la chapelle St Louis, ainsi que de nombreuses cases du petit chef-lieu. Il fut suivi, en 1731, d’un autre cyclone qui frappa les 3 et 4 février, entrainant des dégâts considérables, endommageant notamment l’unique goélette de la colonie ancrée au Port Sud-Est.

Par la suite, l’Isle de France connaîtra des développements importants sous le gouverneur Mahé de La Bourdonnais, de 1735 à 1746, surtout à Port-Louis, avec l’installation d’infrastructures portuaires adéquates notamment pour la protection des navires et la construction de bâtiments publics plus résistants aux coups de vents. Cela n’empêcha pas la colonie de continuer de subir les ravages des cyclones, en 1737, en 1740, puis en 1748, entrainant destructions des récoltes, des maisons et pertes de navires.

Le 27 janvier 1760, une tempête tropicale d’une rare violence balaya Port-Louis, détruisant pratiquement toutes les installations portuaires et provoquant le naufrage de la plupart des bateaux dans la rade, soit 32 au total. Dans l’île les dégâts furent énormes, les récoltes et le bétail furent perdus et l’on déplora plus de 200 morts, victimes des inondations et des naufrages. D’après les témoignages de l’époque, ce fut l’un des cyclones les plus violents que l’Isle de France ait jamais connu…

Le seul moyen dont on disposait à l’époque pour prévoir un cyclone était le baromètre. Toute brusque descente était synonyme d’alerte. Mais comme ce fut souvent le cas, et que ça l’est encore aujourd’hui, les prises de décision ne sont jamais aussi rapides que l’arrivée d’un météore. C’est ainsi que les habitants de l’Isle de France continuèrent d’essuyer les coups de vents et endurer les raz de marées accompagnant les tempêtes tropicales. Celles de février 1772, puis d’avril 1773 continuèrent d’apporter leur lot de destruction, entrainant pertes de vies humaines, dégâts matériels et disette.

Mais comme cela se répètera régulièrement au fil des siècles, l’on enregistre à certains intervalles de longues interruptions entre le passage de cyclones destructeurs durant parfois plusieurs décennies, comme ce fut le cas vers la fin du 18e siècle. Ces années sans dégâts majeurs contribuèrent à relâcher la vigilance des habitants, avant qu’une nouvelle série ne s’abatte de nouveau sur l’île, semant destruction et misère parmi la population.

cyclones aux 17e et 18e siècles

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