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Poivre, un écologiste avant l’heure (2e partie)

Le 23 août Maurice a célébré le tricentenaire de la naissance de Pierre Poivre, Intendant de l’Isle de France, fondateur du jardin botanique de Pamplemousses. Une exposition lui est consacrée au Blue Penny Museum, à partir du 29 août. Histoire(s) Mauricienne(s) met en lumière ce personnage hors du commun.

Pierre Poivre arriva à l’Isle de France en 1767. Dès son arrivée, l’intendant voulut mettre de l’ordre dans Port-Louis, une petite ville livrée à la débauche, en attirant l’attention de l’administration royale sur les faiblesses de la police et l’absence de règlements dans la ville. Sous ses directives, il y eut de vastes opérations de drainage et d’agrandissement de la rade qui était encombrée par les épaves. Il dota aussi le port d’entrepôts, mit en place un service de santé maritime pour le contrôle des épidémies et fit construire dans la ville des moulins à eau, une boulangerie, une pharmacie, des casernes, une forge …

A une époque où les humanistes menaient un combat incessant contre la bigoterie et l’obscurantisme, Poivre, homme de bien, fit construire un temple tamoul à la rue des Pamplemousses. Une forme de reconnaissance aux centaines d’ouvriers venus du sud de l’Inde et qui laissèrent leurs empreintes dans les plupart des édifices qui furent érigés dans la capitale.

En six ans, Pierre Poivre impulsa un véritable développement économique dans l’archipel des Mascareignes. Mais il prit surtout une série de mesures écologiques sans précédent, pour la protection des ressources naturelles et de la nature. Ainsi il introduisit une législation pour réglementer la chasse au cerf et la pêche. Il popularisa le concept d’endémisme affirmant que si on ne « fait pas la guerre la plus vive » aux espèces importées, « toute culture deviendra impossible » à l’Isle de France. Il s’assura notamment que le Martin soit une espèce d’oiseau protégée puisqu’il contribuait au contrôle de la population de criquets, très menaçants pour l’agriculture.

Mais c’est surtout son action contre la déforestation qui fut primordial. L’île était en effet menacée par l’érosion et vulnérable aux bouleversements climatiques dus en grande partie à une déforestation massive. En 1769, Poivre fit donc promulguer le Règlement Economique qui établissait et imposait un minimum pour les réserves forestières sur les montagnes, aux abords des rivières, ainsi que sur les Pas Géométriques. Cette ordonnance est reconnue comme la première loi au monde pour la protection écologique, l’impact du développement sur l’environnement et le changement climatique et elle a, par la suite, inspiré de nombreuses législations. A Maurice, le Règlement Economique est à la base de la Forest and Reserves Act de 1983.

Poivre quitta l’Isle de France en 1772, en compagnie de sa femme et de ses deux enfants, pour rejoindre sa propriété de la Fréta à Saint-Romain-au-Mont-d’Or, près de Lyon, où il meurt le 6 janvier 1786. Il est inhumé à Lyon dans la basilique Saint-Martin d’Ainay le 8 janvier 1786. Son œuvre pour la propagation des plantes et autres fruits aurait périclité, son successeur ayant négligé les plantations, si Jean-Nicolas Céré, nommé en 1775 directeur du Jardin du roi, n’avait opposé la plus ferme résistance à ceux qui en méconnaissaient l’utilité.

Aujourd’hui, il est grand temps de rétablir Pierre Poivre sur son piédestal et de reconnaître son œuvre à sa juste valeur, probablement plus importante que celle de tous les administrateurs que Maurice ait jamais connus, durant sa longue et tumultueuse histoire.

 

Sources: Pierre Baissac – Royal Society of Arts and Sciences

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