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Décembre 1810 : prise de Maurice par les Anglais

Le débarquement, la capitulation et la prise de l’Isle de France par les forces anglaises se firent successivement, durant tout le mois de décembre 1810. L’acte de capitulation fut signé le 3 décembre. Le gouverneur français Decaen quitta l’île le 20 décembre. C’est le 27 décembre que le gouverneur anglais Farquhar prit possession de l’hôtel du gouvernement.

Le 29 novembre 1810, arriva l’escadre anglaise transportant les troupes d’invasion de l’Isle de France composée d’une soixantaine de transport de troupes et d’une trentaine navires de guerre. Celle-ci se positionne entre le Coin de Mire et l’anse de Mapou, le débarquement des troupes commença vers 14 heures et vers 17 heures celles-ci commencèrent à se diriger vers la capitale. A 20 heures, la totalité des troupes avec armes et bagages étaient à terre. Des escarmouches eurent lieu avec les troupes françaises lors de l’avancée vers la capitale et au vu de l’infériorité numérique de celles-ci, le 3 décembre, vers 10 heures du soir, des officiers français, portant un pavillon parlementaire, se présentèrent au front et demandèrent de négocier. La reddition de L’Ile fut négociée et une capitulation en bonne et due forme conclue. Celle-ci fut signée le 3 décembre 1810, à 1h du matin, au quartier général des forces anglaises, par le major Général Henry Warde, le Commodore Josias Rowley et le Commandant John Abercomby, côté anglais, alors que, du côté français, cette tâche revint au Général Martin Vandermaësen et au Capitaine de vaisseau Victor Duperré.

Le Capitaine de vaisseau Jean Dornal de Guy, commandant des forces navales de sa Majesté l’Empereur à L’Isle de France, reçut, aussitôt, du Capitaine Général Decaen, l’instruction suivante: Conformément à l’article 3 de la capitulation en date de ce jour, vous remettrez à l’officier, désigné par Monsieur le Général en chef des forces navales de sa Majesté britannique, pour prendre possession, tous les bâtiments de guerre appartenant à sa Majesté l’Empereur. Les vaisseaux composant la Marine de l’Ile de France au nombre de 17 unités et 28 bâtiments de commerce dont 4 unités américaines ancrées dans la rade furent saisies et remises aux autorités anglaises.

Le 4 décembre 1810 à 8 h du matin, les troupes anglaises pénétrèrent dans la ville et, conformément à l’accord de capitulation, la garnison française se rendit aux casernes. Les troupes anglaises furent installées provisoirement à la Poudrière, les cipayes au Trou Fanfaron, au Champ de Mars sous des tentes et à la Grande Riviere. Référence : Esquisses Historiques 1810-1823 d’Albert Pitot (Documents Rustichelli)

La Place d’Armes était alors fermée vers l’ouest par un mur d’enceinte prolongeant les bâtiments à droite et à gauche, puis rentrant, brusquement de chaque coté sous un angle de 135 degrés environ, pour aboutir un peu plus haut que les rues Farquhar et neuve Moka (John Kennedy) qui n’existaient pas encore. Au centre de ce mur, en face du gouvernement, était une poterne close par une herse, assez semblable à la porte des Casernes qui donne sur la rue Jemmaques ; à gauche, en faisant face a la mer, a l’angle forme par les murs, se dressait une tour carrée, servant de prison militaire, surmontée d’un dôme et percée à sa base d’une porte assez basse. La batterie du Port se trouvait sur ce mur. Référence : Esquisses Historiques 1810-1823 d’Albert Pitot (Documents Rustichelli)

Le pavillon français de la tour du port fut remplacé par celui des forces britanniques. Les propriétés publiques, bâtiments, arsenaux, casernes et forts évaluées à 80.000 livres sterling furent remises aux autorités anglaises par l’officier du génie Lislet Geoffroy. Les propriétés particulières furent respectées mais les navires de guerre et de commerce se trouvant au port furent saisis.
Le 4 décembre 1810, le gouverneur anglais désigné de l’ile Maurice Robert T.Farquhar entre au Port Louis et loge chez l’avocat Nicolas Foisy, en attendant le départ du Capitaine général Decaen. Le 5 décembre, ce dernier invite à souper à l’Hôtel du Gouvernement le gouverneur Farquhar ainsi que les généraux et officiers supérieurs anglais avant son départ de l’ile. Ils déclineront tous l’invitation en souvenir du traitement infligé à l’explorateur Matthew Flinders.

Le journal des signaux tenu à la Tour d’Ordre, par l’Inspecteur des signaux de L’Isle de France, M. Lemeure, se termine avec les mentions suivantes, écrites après la capitulation: Le 5 décembre, les 13 voiles qui étaient restées sur les côtes du N.E. appareillèrent et firent leur jonction avec la Division ennemie mouillée sur les côtes du N.O., au nombre de 89 voiles. Journée du 6 décembre: Les vigies n’ayant plus la faculté de signaler, je me rendis sur la côte et ensuite sur la petite montagne; après avoir bien observé la position de l’ennemi dans le port N.O. et sur la côte, depuis le Tombeau jusqu’à la Grande Rivière, j’ai compté 105 voiles, savoir: 12 frégates, 1 vaisseau de guerre, 5 corvettes à trois-mâts, 6 bricks-corvettes, 4 goélettes, 77 vaisseaux de différentes grandeurs devant servir au transport.

Le 6 décembre, la flotte anglaise entra au Port Napoléon, guidée par le pilote. Selon les contemporains, il n’y eut jamais autant de navires au port. Une vraie forêt de mâts, des vaisseaux de toutes sortes et de toutes tailles du vaisseau de guerre au canoë… le pavillon britannique flottait triomphalement sur toutes les batteries écrivit James Prior, chirurgien sur le navire anglais Le Nisus. Le Capitaine Philip Beaver mentionne que toutes les bouées et corps morts du port avaient été pris d’assaut par les navires de la flotte anglaise. Les trois frégates françaises qui défendaient le port étaient toujours en place et, selon lui, si, par malheur, il survenait un incendie ou une tempête dans le port, où régnait une anarchie totale, l’ensemble des navires serait totalement détruit. Extrait de Visits and Despatches de P.J. Barnwell.

La nomination du Capitaine Benjamin Street, de la Royal Navy, au poste de Capitaine du Port, fut faite le même jour. Le Port Napoléon reprit son nom d’origine, le Port Louis, alors que le Port Impérial redevenait le Grand Port.
La prise de L’Isle de France ne semblait pas avoir paralysé les affaires car les boutiques étaient toutes ouvertes et les rues du Port Louis remplies d’une foule bigarrée, mais l’ordre régnait. Les tavernes étaient bondées de curieux venus en ville ou de militaires anglais, en uniforme, venant de la flotte ou des troupes. A en croire André Maure, les clauses honorables du traité de reddition conclu avec le Général Decaen, et la conduite généreuse que tinrent les vainqueurs, à l’égard de la ville et des campagnes, firent présager quel serait le sort de L’Ile de France. « Jamais spectacle, plus beau en harmonie… plus riches de promesses, ne s’était encore offert à ses yeux. Qu’on se figure vingt mille conquérants circulant le lendemain dans les rues de la ville sur les places publiques: tous les magasins étalant leurs marchandises, toutes les auberges, tous les cabarets ouverts; partout un mouvement inaccoutumé, une activité continuelle, et au milieu de tout cela, pas la moindre rixe, pas le moindre excès, pas le plus petit acte condamnable. L’accord le plus parfait régnait en tous lieux, même sur le port où les marins de tant de vaisseaux réunis apparaissaient moins comme des ennemis de la veille que comme d’anciens amis, de vieux compagnons d’armes.
Peu de jours après, le Port Louis ressemblait à un vaste marché où l’indien et l’européen venaient s’approvisionner des objets à leur convenance, qu’’ils payaient, sans éprouver d’autre difficulté que celle de se faire comprendre. Trois vaisseaux de la Compagnie furent chargés, immédiatement, pour Londres, de café, de sucre, de poivre et d’autres marchandises depuis plusieurs années en magasins. Il fut pris des arrangements pour quelques bâtiments en rade, et notamment avec les parlementaires, qui contrairement aux lois, avaient des marchandises à bord. Tout fut rendu, moyennant une vente aimable et une préalable estimation ». Extraits de Souvenirs d’un Vieux Colon de Maurice d’André Maure.

La situation financière de l’île était déplorable, suite à la paralysie du commerce depuis 1808 avec l’imposition du blocus, et le taux d’endettement des habitants était considérable. La conséquence immédiate, de la prise de l’île, fut une augmentation considérable du numéraire en circulation et de nouveaux débouchés pour les produits; de nombreux citoyens purent faire rapidement des fortunes considérables et la plupart d’entre eux rentrèrent en France où ils acquirent des biens importants. Source: Histoire des Iles Mascareignes d’Auguste Toussaint 1972.
Il y eut un empressement, de la part des anglais, de faire partir les troupes françaises de L’Isle de France. La capitulation du 3 décembre prévoyait le rapatriement en France, sur des cartels anglais, de toutes les forces militaires présentes sur L’Isle de France. Le 7 décembre les premiers embarquements eurent lieu au Port Louis, le chirurgien Desjardins raconte Les troupes françaises, de terre et de mer, sortirent avec armes et bagages et s’embarquèrent armées sur les transports anglais qui les ramenèrent en France. Le jour de l’embarquement, les soldats et les marins prirent les armes et se rendirent au port, tambours et musique en tête. Nous n’étions pas sans crainte sur les subterfuges et les interprétations qu’aurait pu donner le gouvernement anglais à la capitulation de L’Isle de France.
Le Capitaine de frégate Albin Reine Roussin, responsable de la supervision des équipages français, fit un rapport éloquent au commandant des forces navales françaises, le Capitaine de vaisseau Dornal de Guy, démontrant l’impréparation des navires utilisés pour le retour des troupes vers la France. Certains navires manquaient de lest, rendant la navigation hasardeuse, et le ravitaillement n’avait pas suivi, les hommes étant nourris de farine de manioc. Le 21 décembre les troupes anglaises commencèrent leur embarquement pour l’Inde. Selon un courrier de R.T. Farquhar, en date du 24 décembre 1810, adressé à Sir G.H. Barlow K.B., Gouverneur au Fort St George de Madras, le Capitaine Général Decaen et sa suite embarquèrent le 20 décembre, sur le transport parlementaire, L’Emma, qui prit la mer pour la France le 25 décembre 1810. Le 27 décembre 1810 le gouverneur Farquhar prend possession de l’Hôtel du Gouvernement et y donna sa première réception officielle. A partir du 28 décembre 1810, un serment de soumission, obéissance et de fidélité au Roi d’Angleterre sera exigé des habitants de l’Ile Maurice. Les habitants de Port Louis durent se rendre à l’Hôtel du Gouvernement ou un registre était ouvert pour y recevoir les signatures. Ceux qui refusèrent de se plier à cette exigence récurent un délai pour s’y soumettre ou d’avoir à quitter l’ile.

Extraits de « Port Louis – Histoire d’une capitale », de Jean Marie Chelin

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