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Il y a 300 ans : Maurice prise par les Français

La prise de possession officielle de l’Isle de France se fit le 20 septembre 1715 alors que le peuplement de l’île ne débuta qu’à partir de la fin de 1721. 300 ans plus tard, pratiquement jour pour jour, le Tricentenaire de la présence française est célébré avec faste par l’Etat mauricien. Voici, à travers les extraits d’Histoire Maritime de l’île Maurice, de Jean Marie Chelin, comment les choses se passèrent…

Connue depuis deux siècles, l’île Maurice était restée déserte de 1710 à 1715. Les Français arrivent cinq ans après que les Hollandais l’aient abandonnée. Le 12 mars 1714, partirent de Saint-Malo, 2 vaisseaux, La Paix et Le Chasseur. Guillaume Dufresne d’Arsel était le commandant du Chasseur, alors que La Paix était commandée par le Capitaine Jean Baptiste Grave de la Mancilliere. Le Chasseur était un vaisseau jaugeant entre 300 à 350 tonneaux et armé de 22 canons. Il portait un équipage de 90 hommes dont 21 officiers mariniers et 36 matelots, un aumônier. Le Chasseur appartenait à Hyacinthe Chapdelaine, sieur de Laumosne et associés. Les 2 navires étaient armés par des négociants de Saint-Malo, regroupés dans La Société des Messieurs de Saint-Malo, pour une expédition vers Moka en vue de charger du café et des caféiers à destination de l’Ile Bourbon (aujourd’hui connue sous le nom de l’Ile de la Réunion) (…)

Entre 1708 et 1715, l’Isle de France fut régulièrement fréquentée par des pirates. Les plus connus étaient John Bowen, qui y fit naufrage, Thomas Howard, Nathaniel North, Thomas Collins, Christopher Condent, Jasper Seager, Olivier Levasseur dit La Buse, George Taylor, Edward England et James Plantain. Sa voisine l’île Bourbon a recueilli de nombreux pirates qui s’y installèrent suite aux amnisties qui leur furent proposées et aux négociations directes menées avec les autorités locales, à l’insu de La Compagnie des Indes; par contre, il était officiellement interdit de commercer avec eux selon deux ordonnances datées du 18 janvier 1709 et du 15 juin 1711 (…)

L’ordre de prise de possession de l’Isle de France émanant du Ministre de la Marine, le Comte de Pontchartrain, fut signé à Versailles le 31 Octobre 1714. Ces instructions parvinrent à Guillaume Dufresne d’Arsel par le vaisseau L’Auguste commandé par François de la Bouexière alors qu’il était en escale à Moka, en Arabie, en mai 1715. Le 29 juin, après avoir terminé son chargement de 1.700 balles de café, Le Chasseur prit la mer vers Mauritius qu’il toucha le 25 août 1715. A son arrivée sur l’île, le 26 août, il trouva un vaisseau français, Le Succès, de 60 tonneaux, commandé par le Capitaine de Grangemont, en provenance de Pondichéry, ancré dans la baie au nord du port Nord Ouest, baie connue comme celle de Carpenters Bay. Le navire était à l’ancre depuis le mois de mai. Le Capitaine Grangemont avait été agent de la Compagnie des Indes à Surate, Pondichéry et Chandernagor.

Le 27 août, Le Chasseur quitta la baie et se dirigea vers l’Ile aux Tonneliers, située à l’entrée du port Nord Ouest, où il jeta l’ancre. L’équipage s’attela aux réparations du navire qui était dans un mauvais état et une exploration de l’île fut organisée, pour s’assurer de l’abandon total de celle-ci par les hollandais.

Le 20 septembre 1715, eut lieu la prise de possession au nom du Roi de France, Louis XIV, à laquelle participèrent les équipages du Chasseur et du Succès et l’île fut nommée Isle de France. L’Acte de prise de possession fut rédigé par l’écrivain du bord, Pierre Littan, et signé par les Capitaines Dufresne d’Arsel et Grangemont, les officiers Chapdelaine, Jean Baptiste Garnier du Fougeray et Pierre Littan. Il est à noter que Louis XIV était décédé le 1er septembre 1715.

Lors de l’escale, Dufresne d’Arsel découvre que, sur le navire La Paix, se trouvent des anglais dont 2 pilotes qui avaient formé le dessin d’enlever le vaisseau. Les comploteurs, au nombre de neuf, furent capturés et mis aux fers à bord du Chasseur. L’équipage du navire avait capturé 2 marrons qui vivaient dans l’île depuis le départ des hollandais; ils seront déposés à l’Ile Bourbon. Le Succès et Le Chasseur levèrent l’ancre, ensemble, le 23 septembre et, après une escale à Bourbon, Le Chasseur rejoignit Saint-Malo, le 26 février 1716 (…)

Par la suite, l’île resta quasiement inoccupée mais recut régulièrement la visite de navires (…) Ainsi du 15 août au 5 septembre 1718 La Comtesse de Pontchartrain sous le commandement de François de la Bouexière, ancien capitaine du vaisseau l’Auguste y fit relache. La Comtesse de Pontchartrain avait pris la mer de Saint Malo le 9 mars 1717. Le 6 septembre il reprendra la mer pour l’île Bourbon, d’où il levera les voiles pour La Martinique. Le navire rentrera à St Malo le 24 mai 1719, où il sera rebaptisé L’Amphitrite.

Au mois d’octobre 1719, escale du navire La Paix, de 500 tonneaux armé de 40 canons et portant un équipage 140 hommes, capitaine François Briand, sieur des Huperies. Le navire avait levé les voiles le 1er septembre 1718 de Saint Malo et avait séjourné du 31 mai au 31 août 1719 à Moka en Arabie. Il touchera de nouveau Saint Malo le 30 avril 1720. Arrivée au mois de mars 1720 à l’Isle de France, du navire de la Compagnie des Indes Les Deux Couronnes sous le commandement de Jacques Thomas de Jonchée de la Golleterie.

Les pirates, pour leur part, continuaient de visiter l’île. Le 25 février 1721, deux vaisseaux pirates, le Victory et la Cassandra arrivèrent à Mauritius où ils carénèrent et effectuèrent des réparations. Le travail terminé, l’équipage se mutina, les capitaines Taylor et Seager prirent le commandement et abandonnèrent sur l’île le Capitaine Edward England, dépossédé de son commandement avec 3 membres d’équipage qui lui étaient restés fidèles. Les navires levèrent les voiles le 15 avril. L’île était alors déserte. Les pirates y vécurent de poisson et de porcs sauvages. England construisit avec ses compagnons d’infortune une embarcation avec laquelle il réussit l’exploit de retourner à la Baie de Saint-Augustin, sur la côte est de Madagascar (…)

Après la première prise de possession officielle eut lieu la deuxième prise de possession, plus concrète celle-là (…)

L’Isle de France fut cédée par le Roi, le 2 avril 1721, à la Compagnie des Indes Orientales, compagnie créée en août 1664 par le Roi sur proposition de son ministre Colbert. Le Chevalier Denis Denyon, ingénieur et ancien commandant des troupes de Pondichéry, fut nommé gouverneur de l’île par le Roi Louis XV, sur recommandation des directeurs de la Compagnie. Le conseil de Marine lui précisa qu’il devrait faire tout ce qui dépendra de lui pour remplir les vues de la Compagnie des Indes d’y former un port. Ses instructions précisaient de se rendre d’abord à Bourbon, avec les navires l’Atalante et la Diane, pour savoir si l’Ile Maurice était toujours occupée. Au cas où une puissance étrangère s’y serait établie, il devait s’abstenir de tout acte d’hostilité et tacherait de se fixer à L’Ile Joa de Lisboa, île qui s’avéra imaginaire. Dans le cas contraire, il s’installerait au port du Nord-Ouest mais placerait un détachement à celui du Sud-Est. Entre ces deux ports et Bourbon, une liaison permanente serait assurée par La Françoise, une barque que l’on avait chargée à bord du vaisseau de la Compagnie, L’Indien.

L’île resta ainsi inoccupée jusqu’au 23 Septembre 1721, date à laquelle aborda le vaisseau Le Triton, vaisseau de 500 tonneaux, armé de 40 canons et portant un équipage de 142 hommes, commandé par Jean Baptiste Yves Garnier du Fougeray. C’est à a ce dernier qu’échut donc l’honneur et la responsabilité d’effectuer donc une nouvelle prise de possession et qui fut suivie de la première vague de peuplement de l’Isle de France (…)
Le 12 décembre 1721, 16 habitants, accompagnés de quelques esclaves, provenant de Saint-Paul de l’Ile Bourbon, furent envoyés, sous le commandement du Major Le Toullec Durongouët, à l’Isle de France pour former un début de peuplement. Le major reçut une commission de Beauvollier de Courchant, gouverneur de l’Ile Bourbon. Le Courrier de Bourbon était un navire de 100 tonneaux, armé de 10 canons, portant un équipage de 36 hommes sous le commandement du Capitaine Jean Gillet; il avait levé l’ancre du port de La Fosse, situé à Nantes, le 23 avril 1720 à destination de l’Ile Bourbon qu’il toucha le 22 novembre 1721 (…)

Le départ pour l’Isle de France eut lieu le vendredi 12 décembre 1721 de la baie de Saint-Paul. Le Courrier de Bourbon eut à faire face à une grosse mer accompagnée de pluies et d’éclairs, alors que le volcan était en éruption. Le voyage fut long à cause des vents contraires, et ce n’est que le mercredi 24 décembre au matin qu’ils eurent connaissance de l’entrée du port Nord-Ouest de L’Isle de France. Le Courrier de Bourbon jeta l’ancre à l’Ile aux Tonneliers où Le Toullec fit ériger une tente de fortune pour décharger le vaisseau en vue d’un carénage. Le carénage eut lieu malgré une tempête, et le 23 janvier 1722, le navire se retira au large à cause du mauvais temps. Le peuplement de l’Isle de France avait commence …

Extraits d’Histoire Maritime de l’Ile Maurice, Récits et Anecdotes de Jean Marie Chelin

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