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Pour l’amour du cheval de course

Histoire(s) Mauricienne(s) en collaboration avec le Mauritius Turf Club raconte deux siècles de courses hippiques au Champ de Mars en retraçant le parcours ou les exploits de personnages incontournables et de chevaux inoubliables qui ont marqué leur époque.

Les courses de chevaux telles que nous les connaissons aujourd’hui sont nées au début du 17e siècle en Angleterre. La passion des Anglais pour les chevaux de courses remonte au temps des croisades (11e au 13e siècle) en Terre Sainte, d’où ils rapportèrent leurs coursiers. Les courses dans l’Angleterre médiévale servaient aux vendeurs de chevaux pour montrer la rapidité de leurs animaux.

Depuis l’antiquité, les courses de chevaux passionnent les hommes. Homère, poète grec légendaire (IXe siècle avant J.C.), décrit dans l’Iliade une des premières courses de chars tirés par deux chevaux. Il s’agissait d’une course en ligne droite (aller-retour), avec 5 compétiteurs. L’esprit des courses de chevaux était né. Rome affine le principe, organisant des épreuves dans des cirques gigantesques. Les courses, spectaculaires, drainaient jusqu’à 400 000 spectateurs !

« Les coursiers sont toujours des pur-sang », explique André Bungaroo, moniteur d’équitation et ancien propriétaire de chevaux. La raison en est simple : le pur-sang est plus nerveux donc plus propice à la compétition, mais aussi plus fragile, demandant un régime spécial, une hygiène irréprochable et une grande attention.

C’est Jacques 1er d’Angleterre (1566-1625), qui édifia les premiers hippodromes gazonnés. Son successeur, Charles 1er, possédait 139 coursiers, à sa mort en 1649. Mais c’est Charles II (1660–1685) qui fut le véritable instigateur des courses de chevaux, dotées de prix aux vainqueurs. C’est aussi sous son règne que Newmarket, près de Londres, fut institué comme état-major des courses de chevaux en Angleterre et que le Jockey Club anglais fut fondé en 1750.

La première journée de courses de chevaux à Maurice eut lieu au Champ de Mars le 25 juin 1812. Elle fut organisée par le Mauritius Turf Club (MTC), fondé la même année, calqué sur le modèle du Jockey Club et composé de membres de l’administration britannique.

L’organisation d’une joute hippique avait initialement pour objectif de réconcilier les habitants francophones de l’île avec les occupants britanniques fraîchement installés, autour de leur amour commun pour le cheval. L’idée venait de Robert Farquhar, premier gouverneur britannique de Maurice, qui fut grandement aidé par son épouse, Maria, née Lautour, fille d’un banquier qui avait fait fortune à Madras, en Inde.

La première course officielle eut ainsi lieu un jeudi, sur la vaste étendue du Champ de Mars. Farquhar y fit courir ses propres coursiers qui se mesurèrent à ceux des grands propriétaires. Ses chevaux avaient pour nom Rondeaux, Violoncello, Admiral ou encore Aide de camp…

Il y avait trois courses au programme. La première épreuve, ouverte à tous les chevaux, se courut sur trois tours. Ce fut la jument Fanny, appartenant à M. Irvine et montée par M. Reader, deux Britanniques, qui remporta la course. Cette première journée attira la grande foule et eut un succès retentissant à travers l’île. Dans la foulée, une deuxième journée fut organisée le samedi suivant, le 27 juin.

Ce fut la plus grande attraction qui n’eût jamais lieu dans l’île. Pour admirer le spectacle des coursiers lancés au grand galop autour de la piste, les gens étaient venus de toute l’île, villes et campagnes confondues. Encouragé par la réussite des deux premières journées de courses, le gouverneur Farquhar entreprit de développer les courses de chevaux, avec l’aide de son secrétaire, Charles Telfair, un planteur d’origine irlandaise et du colonel Edward Alured Draper, un aristocrate anglais plutôt conservateur, allié des grands planteurs et grand amateur de chevaux. « Il y a chez l’homme une réelle fascination pour le cheval, probablement à cause d’une certaine noblesse qui lui est associé », estime André Bungaroo, lui-même un inconditionnel du Champ de Mars et des journées hippiques.

L’écrivain Malcolm de Chazal résume à sa façon le sentiment que l’homme peut avoir pour le cheval. « Le cheval est humain à sa façon et nous sommes comme lui quand un geste noble nous prend », dit-il, en des termes imagés. L’écrivain, fasciné par la relation entre le cheval et l’homme, estime que l’homme « peut grandir et s’élever » dans la compagnie de cet animal pas comme les autres. « Le cheval et l’homme font un tout. C’est un tandem, infiniment mieux  ce sont des compagnons », écrit-il encore dans Les courses à l’île Maurice, un ouvrage publié pour le cent cinquantenaire du MTC.

Cette admiration dont le  cheval fait l’objet n’a pas faibli chez les Mauriciens, au fil des décennies. Ils ont toujours été nombreux à se presser au Champ de Mars. Pendant 100 ans la saison hippique se résuma à trois, puis quatre journées de courses par an, aux mois de juillet-août, avec trois puis quatre courses par journée. En 1814, les temps des chevaux furent publiés pour la première fois, puis les cotes en 1815.

Au fil de ce premier siècle de courses hippiques, de grands coursiers se sont illustrés, dont le destin est étroitement lié à celui d’un homme… ou d’une femme. Ainsi, en 1832, Bolivar remporte la première édition de la Draper’s Plate, course dédiée à la mémoire du colonel Draper. En 1853, c’est As de Pique, qui permet à un Asiatique, Aga Hassen, de remporter la Maiden Cup pour la première fois. Puis, en 1854, Hamlet permet à Mme Rachinsky d’être la première femme propriétaire à remporter une victoire au Champ de Mars. Et l’histoire d’amour de l’homme et du cheval s’est poursuivie tout au long de ces 100 premières années puis au 20e siècle encore et continue de s’écrire, à chaque journée de courses au Champ de Mars…

 

Les pur-sang anglais

Au temps des croisades, les croisés d’Occident, montés sur de lourds et puissants destriers, découvrent avec stupeur que les chevaux arabes, plus petits, sont plus rapides et plus endurants que les leurs. Les Anglais ramènent des chevaux chez eux et entreprennent d’effectuer des croisements entre les deux races. Objectif: obtenir à terme une race de « super chevaux », donnant à leur armée un avantage sur les autres. Henri VIII ira même jusqu’à obliger sa noblesse à pratiquer l’élevage, le croisement et la sélection des chevaux.

Cette pratique « militaire » a naturellement débouché sur la pratique sportive. L’amour du cheval et le goût du jeu engendrent tout naturellement les courses hippiques, qui servent aussi à démontrer aux yeux de tous la supériorité d’une race de chevaux « parfaite ».

À la fin du 18e siècle, les éleveurs anglais décident qu’ils sont arrivés aussi près que possible de la perfection, et que tout croisement supplémentaire ne peut qu’être nuisible. Ils créent alors le Stud Book, un grand livre établissant l’origine de tous les chevaux pur-sang anglais.

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